Après le Sud





L’avis de Typicmint
Un vieil homme nettoie une arme en écoutant Mozart. Une femme corpulente cherche la fraîcheur entre une sieste et une douche avant de s’affairer et sortir. Sa fille se prépare également, caissière d’une grande surface. On découvre ainsi en une succession de plans séquences précis un univers oppressant où se révèlent les handicaps – la précarité, l’obésité, l’âge – pour mieux durcir la vie – l’humiliation. Ce film inspiré d’un fait divers entremêle les histoires de chacun et procure au compte-goutte les clés du dénouement sous une chaleur accablante, une lumière blanche qui dénude chacun face à l’autre. Tout est alors inéluctable et tout tend vers la tragédie, un seul lieu, un seul temps.
Présent aux 16ème rencontres de Villefranche/s après Cannes (tout de même), Jean Jacques Jauffret saute le pas vers la réalisation avec cette première fiction tendue. Il tourne dans la région de Brignoles, celle de son enfance, avec une lumière intense et les couleurs de bauxite de Fos sur mer, un bel ocre dont on aimerait que tout le film en soit teinté. A la fois construit sur un mode autobiographique et allégorique, ce film nous montre les corps dans leur beauté, leur plastique et leur tension interne, dans un univers épuré de la présence des autres et loin de tout. Et tout cela fonctionne : la route est aussi improbable que le parking vide du supermarché mais l’histoire s’en nourrit et amplifie la sensation d’isolement des protagonistes. Il est évident que l’on est dans le Sud de Giono, aride, scarificateur, écrasant, celui que le réalisateur revendique.
Pour ce long métrage à petit budget, le casting reste remarquable : Adèle Haenel et son regard buté, la performance d’Yves Ruellan en vieux mélomane. Sans oublier Ulysse Grosjean, beau et remarquable de fragilité, et Sylvie Lachat en prise vitale et anxiogène avec l’addiction aux cornes de gazelle. Et pour chacune de leurs scènes, la direction d’acteurs se nourrit de toute évidence de l’expérience de Jean Jaques Jauffret et l’on s’en félicite. C’est un premier film exigent et réussi qui nous est livré, une belle rencontre d’un film et de son auteur.















