Moonrise Kingdom





L’avis de Rofraitryat
Certains films vous donnent envie de reprendre votre clavier un instant pour faire partager votre émerveillement. Moonrise Kingdom, de Wes Anderson, est l’un de ceux là.
On commence par passer en revue les deux univers qui vont ensuite se rassembler au sein du jeune couple.
Avec de longs travellings, on traverse les couloirs, les pièces et les étages de la maison de Suzy découvrant des morceaux de vie à chaque passage. Toujours avec les mêmes mouvements de caméras, on fait le tour du camp scout au large de la Nouvelle Angleterre, chaque enfant à son poste réalisant sa mission dans un ordre quasi militaire. Tentes alignées symétriquement, organisation stricte au son de la trompette, malgré ça, le camp respire l’enfance, avec les expériences, les bobos, les rivalités, les couleurs, la camaraderie.
C’est donc la rencontre entre Suzy et Sam, deux jeunes de douze ans, qui va faire converger l’ensemble de leur deux mondes. Du chef scout campé par Edward Norton, aux parents de Suzy en passant par le Capitaine Sharp (Bruce Willis avec des cheveux en plus et des neurones en moins), toute la petite île est réquisitionné, d’autant plus que la tempête arrive…
Wes Anderson réalise un brouillage des frontières entre les enfants et les adultes. Les deux mômes de 12 ans sont sur d’eux, amoureux, organisés, et connaisseurs. À l’inverse, on se retrouve face à des parents désabusés qui ne savent pas où ils vont, des caprices, un chef scout dépassé et un flic perdu.
Le film arrive à conserver un second degrés à tous les instants; autant dans les sujets légers sur les enfantillages, que les thèmes graves sur les orphelins et les propositions de la l’action sociale des années 60 pour ces pupilles de la nation, abordé sans empathie. Que ce soit dans les dialogues ciselés, tantôt grinçants ou insensé, les décors en carton pâte colorés, ou encore dans les interludes introductifs d’un étrange habitant de l’île, tout est maîtrisé par le réalisateur qui nous offre un spectacle haletant et singulier.
Bref, on ne décroche ni les yeux, ni l’esprit de l’histoire simple et belle, pleine de fraîcheur, relevée par des dialogues précis et percutants, des acteurs de génie et une esthétique singulière. Moonrise Kingdom décroche la lune et ses cinq étoiles bien méritées.

































