Les frères Lampe de Poche vous conseillent :

Moonrise Kingdom


Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_eL’avis de Rofraitryat

Certains films vous donnent envie de reprendre votre clavier un instant pour faire partager votre émerveillement. Moonrise Kingdom, de Wes Anderson, est l’un de ceux là.

On commence par passer en revue les deux univers qui vont ensuite se rassembler au sein du jeune couple.
Avec de longs travellings, on traverse les couloirs, les pièces et les étages de la maison de Suzy découvrant des morceaux de vie à chaque passage. Toujours avec les mêmes mouvements de caméras, on fait le tour du camp scout au large de la Nouvelle Angleterre, chaque enfant à son poste réalisant sa mission dans un ordre quasi militaire. Tentes alignées symétriquement, organisation stricte au son de la trompette, malgré ça, le camp respire l’enfance, avec les expériences, les bobos, les rivalités, les couleurs, la camaraderie.

C’est donc la rencontre entre Suzy et Sam, deux jeunes de douze ans, qui va faire converger l’ensemble de leur deux mondes. Du chef scout campé par Edward Norton, aux parents de Suzy en passant par le Capitaine Sharp (Bruce Willis avec des cheveux en plus et des neurones en moins), toute la petite île est réquisitionné, d’autant plus que la tempête arrive…

Wes Anderson réalise un brouillage des frontières entre les enfants et les adultes. Les deux mômes de 12 ans sont sur d’eux, amoureux, organisés, et connaisseurs. À l’inverse, on se retrouve face à des parents désabusés qui ne savent pas où ils vont, des caprices, un chef scout dépassé et un flic perdu.

Le film arrive à conserver un second degrés à tous les instants; autant dans les sujets légers sur les enfantillages, que les thèmes graves sur les orphelins et les propositions de la l’action sociale des années 60 pour ces pupilles de la nation, abordé sans empathie. Que ce soit dans les dialogues ciselés, tantôt grinçants ou insensé, les décors en carton pâte colorés, ou encore dans les interludes introductifs d’un étrange habitant de l’île, tout est maîtrisé par le réalisateur qui nous offre un spectacle haletant et singulier.

Bref, on ne décroche ni les yeux, ni l’esprit de l’histoire simple et belle, pleine de fraîcheur, relevée par des dialogues précis et percutants, des acteurs de génie et une esthétique singulière. Moonrise Kingdom décroche la lune et ses cinq étoiles bien méritées.

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Bullhead

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Rofraitryat

 

Bullhead n’est pas un polar comme les autres, c’est un polar Belge.

Sans vouloir faire de stigmatisation nationale, la « belgium touch » est présente du début à la fin. Celle ci est assumée et se retrouve autant dans la forme jamais totalement sérieuse que dans fond. Seuls les belges (parfois les canadiens, c’est vrai), savent créer des personnages, avec des gueules et des dialogues comme ceux de Bullhead. Seuls eux savent mêler à un polar noir sur le trafic d’hormones, des personnages loufoques, décalés et vraiment drôles. Rien à voir avec l’austérité, la noirceur, et la mono-ambiance dont on à l’habitude dans les thriller, ici on passe de la quête policière, au rire gras sans que cela choque. La question de la frontière de la langue est aussi abordée, on passe du flamand au français, entre incompréhension, barrière culturelle et accent et expressions si particulières. Tous les personnages ont de vraies gueules, pas dans les canons de beautés liftés, mais celles dont on se rappelle, dont on sourie au premier regard et dont le charme passe souvent par l’empathie plutôt que par la subjugation. Certaines rappellent celles croquées par Riad Sattouf dans ses bandes dessinées.

Après une expérience traumatisante durant ca jeunesse (qui a fait frémir tous les hommes présents dans la salle, même celui bien musclé à côté de moi a baissé la tête de douleur…) le personnage principal souffre d’une carence naturelle de masculinité. Piqué à la testostérone et dopé aux hormones pour bœufs, avec la carrure de ses animaux, son apparence bestiale est accentuée par les contres plongées rapprochées de la caméra. Ce rapprochement entre les bêtes et les Hommes au cœur du film peut mettre mal à l’aise mais fait la spécificité et une partie de l’intérêt du scénario et de cette mise en scène si particulière.

Bullhead manie avec agilité plusieurs styles. Sur un fond sombre de trafic et de meurtre, on s’attarde sur l’histoire d’un Homme par des flashbacks et sur les conséquences d’une souffrance durant sa jeunesse. Autour de ce triste spectacle gravite des seconds rôles, drôles, fous, ou touchants, ils donnent au film une saveur originale et agréable. La performance des acteurs, l’attention portée sur les relations entre tous les personnages, et des plans géniaux finiront par vous convaincre de la qualité du film.

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Le territoire des loups

Kariboute_ee_ee_ee_ee_eL’avis de Karibou

 

Je suis heureux. Plus besoin d’attendre fin Décembre 2012 (rajouter une blague sur les Mayas ici) pour savoir mon film de l’année. C’est plaisant de savoir qu’en Mars je l’ai déjà trouvé et que les mois suivants vont être tranquilles. Pendant que j’y suis, je décide arbitrairement que Prometheus sera mon second film de l’année.

Tout aussi sérieusement, The Grey (Le territoire des loups en VO) est un véritable coup de coeur. Vous savez, ce genre d’oeuvre qui vous laisse muet pendant le générique de fin. Ou des images vous reviennent en tête pendant les jours suivants.Pourtant, quand on m’a vendu le film, je ne m’attendais pas à ça. On m’avait dit que c’était très proche d’un Predator. Donc j’étais déjà très impatient de voir ça. A savoir, si vous voulez que je regarde un film, dites qu’il ressemble à Predator / Alien, vous êtes sûr que 24H plus tard je vous en reparlerai.

The Grey nous emmène au fin fond de l’Alaska ou un groupe de foreurs rentrent d’une mission, accompagné par un chasseur (Superbe Liam Neeson). Malheureusement pour eux leur avion se crashe au milieu de nulle part et pour couronner le tout en plein milieu du territoire de chasse d’une meute de loups. Devant retrouver la civilisation, ils vont devoir faire face au froid, à la faim et échapper à leurs prédateurs.

La plus grande force de The Grey n’est pas son coté survival stricto sensu. Oui, ils faut qu’ils survivent au froid et à leurs blessures, mais The Grey c’est d’abord une grande allégorie. Difficile d’en dire plus sans spoiler, alors je vais parler d’autres facettes du film et après je spoilerai (je suis cool, hein?).

Niveau réalisation, je n’est jamais été un grand fan de Carnahan. Narc et Smokin’ Aces étaient bof malgré une belle photo et L’Agence tout Risques était fun mais ils ne m’avaient jamais donné un grand coup de pied dans le ventre pour que j’ai le souffle coupé et que je me dise: OUAH PUTAIN!

Avec Le Territoire des Loups on ne m’a pas donné juste un grand coup de pied. On m’a battu à mort, on m’a vendu pour un paquet de cigarette et tatoué une larme sur la joue. Oui, je suis devenu la petite biatch de Carnahan. L’enchainement des plans à toujours du sens, la géographie des personnages est respecté, l’inventivité donne plus de punch à des scènes vues et revues (qu’on me balance un métrage qui filme un crash d’avion de cette manière) et surtout, la photo est à tomber par terre. Tu vas avoir froid, spectateur, et tu vas fondre devant les plans grand angle des forets inviolées de l’Alaska.

Et c’est à ce moment ou je spoile. Va voir le film et reviens quand c’est fait.

Allégorie, donc. The Grey c’est d’abord un film sur le deuil et comment ne pas abandonner la vie. Quiconque a déjà perdu une personne aimée se retrouvera dans le personnage de John Ottway. Comment continuer? Comment faire face à la douleur? Tout le film est à propos de ça. Tout le film s’imbrique peu à peu pour donner des réponses. Les loups sont moins des animaux qu’une métaphore de la mort, de l’abandon de soi. Quand on suit les personnages c’est ce qui frappe en premier. Liam Neeson est le seul personnage à vouloir en finir (il veut se suicider au début du film) pourtant il se retrouve peu à peu à être le leader de ces hommes qui ont tous quelque chose ou quelqu’un pour qui vivre. Rarement une dernière scène aura une symbolique aussi forte. D’abord sur les porte-feuilles des morts ou il découvrent leurs familles et leurs femmes, puis sur l’apparition du loup Alpha. Une énorme masse noir. La mort elle-même.

Parce que The Grey nous dit en substance de ne pas abandonner. Que le plus beau cadeau qu’on puisse faire à nos proches décédés c’est de vivre et de continuer.

Once more into the fray
Into the last good fight I’ll ever know
Live and die on this day
Live and die on this day

Regarder la mort en face, prendre les armes et se battre.

Merci John Carnahan.

 

 

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Martha Marcy May Marlene

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_dL’avis de Rofraitryat

 

Martha Marcy May Marlene, quatre noms pour une fille et une multitude d’identité.

Pendant tout le film on est balancé entre ses deux mondes. Celui durant lequel elle vivait dans cette secte, avec ses rites, son fonctionnement, son entourage ; et le monde actuel, recueilli par sa sœur et son beau frère dans une leur grande maison, quasi vide, prêt d’un lac. Les deux mondes s’opposent souvent ; la proximité extrême des membres dans l’un contre l’immensité froide de l’autre. L’esprit de communauté poussée à son extrême contre l’individualisme libéral ou encore la proximité de la nature contre le confort matériel.
Martha est passé physiquement de l’un à l’autre, mais le choc est tel qu’il semble difficile de vivre entièrement dans ce nouveau. Tout au long du film on passe de l’un à l’autre pourtant presque naturellement. Les transitions sont parfaitement réfléchies pour nous plonger subtilement et alternativement dans ces deux mondes qui perturbent Martha. Mais ce ne sont pas vraiment des flashbacks, ces passages d’un monde à l’autre ont de vraies répercussions sur la nouvelle vie de Martha. Les frontières sont floues, les mondes s’entrechoquent, interagissent les uns sur les autres, entrent en confrontation. Le souvenir de la secte affecte sa vie nouvelle à telle point que ces deux mondes opposés se confrontent sur le même terrain, pour la domination psychologique de Martha.

Ce rythme très particulier fonctionne parfaitement. On est vite happé dans ces deux univers et perturbé par ces traversées dont les liaisons se brouillent. Comme Martha, on ne maitrise plus les interactions entre les deux.
Cette forme cadencée originale convient parfaitement au fond avec ce choc entre la réalité physique et la construction physiologique induite par la secte.
Pour parfaire le tout, le jeu de l’actrice principale est vraiment crédible et la couleur, le flou et la saturation même de la pellicule participent à cette immersion.

En évitant les écueils stéréotypés qui entourent les sectes, le film se concentre sur leur impact psychologique en développant une rythmique particulière qui donne au film sa qualité et sa force.

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Take Shelter

Rofraitryat

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Encore un film qui sent l’apocalypse, la grosse tempête ravageuse, quasiment la fin du monde ?! Allons nous vraiment nous coltiner une année entière de reportages ultra intéressants sur des mecs qui déchiffrent les calendriers Mayas et ceux qui creusent des tranchées et des abris dans leur jardin… J’en ai bien peur. Mais ce premier film de l’année 2012, certes angoissant, évite bien ces écueils et nous livre un spectacle de haute voltige.

On est emmené dans la famille Laforche, avec un père sombrant peu à peu dans la paranoïa autour d’un possible cataclysme météorologique après des rêves quelques peu agités. Une mère qui s’en trouve angoissée, et une petite fille, sourde et muette, dont le calme et le silence pèse dans l’atmosphère familiale.
Le film est d’abord rythmé par les rêves vraiment angoissants du père dont les impacts perturbent aussi la réalité. Ce pressentiment hante peu à peu entièrement cet homme, affectant ainsi sa famille, son travail, ses occupations, ses priorités et jusqu’à sa santé mentale. On est totalement happé dans cet engrenage schizophrénique.

Le film prend son temps et c’est assez rare pour être souligné. On observe Curtis, observer lui même le ciel, scruter le mouvement des oiseaux, ou celui des nuages. A force d’imaginer cette tempête, à force d’en trouver des signes ou des anticipations, elle va peu à peu se créer dans sa tête. On finit par ne plus savoir qui ou quoi croire. On veut s’accrocher à son entourage qui semble plus sain d’esprit que ce père sombrant dans la folie, mais on s’attache tout de même à lui, on ne veut pas s’opposer et fermer les yeux sur ses visions, à tort ou à raison.
La mise en scène est vraiment bien maitrisé, et arrive à nous communiquer les sentiments des personnages tout en permettant de scruter cet environnement qui ne peut empêcher d’inquiéter.

Bref, un film calme, prenant, parfois vraiment angoissant et finalement magistral.

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Carnage

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Rofraitryat

Cette fois ci Polanski nous enferme entre quatre murs dorés, dans un bel appartement de Manhattan dont on ne sortira pas indemne. Inspiré d’une pièce de théâtre, Polanski va en garder tous les codes, toutes ses limites physiques et temporelles propres à cet art pour nous les retranscrire dans le sien.

Notre passage dans ce petit monde va se faire aux cotés de Jodie Foster, Kate Winslet, Critstoph Watlz et John C. Reilly. On ne vas pas les lâcher, on va rester enfermé avec eux, impossible de sortir malgré les nombreuses tentatives, 1h20 en leur compagnie, découvrant petit à petit des traits de caractères, des vieilles rancoeurs, des points de vue divergents et d’innombrables différences. Cette rencontre nous met au même niveau qu’eux, ils ne se connaissent pas, vont apprendre à se découvrir et surtout à se détester, que le carnage commence !

Comme dans les pièces de théâtre, ce film est une vrai performance d’acteurs. Pour moi, aucun ne dénote dans sa qualité de jeu, tous sont aussi crédibles et insupportables. Mais, il est vrai que c’est avec l’espoir de retrouver le jeu d’acteur qu’on avait délecté dans Inglorious Basterds, que j’attendais avec impatience la prestation de Cristoph Waltz sous la direction d’un aussi talentueux metteur en scène. Et il ne pouvait être qu’à l’aise dans un rôle pareil. Hautain, avocat du diable, insupportablement over-booké, et cherchant toujours à imposer son point de vue. Presqu’aussi vicieux qu’en nazi, il arrive, en un sourire, un coup de téléphone ou une réflexion à ébranler tout le monde qui l’entoure, tout en restant, lui, presque toujours calme.

Les rapports de force ne cessent de se modifier. Attaque, contre attaque, esquive et coup dans le dos s’enchainent, montent en puissance jusqu’au carnage, au pétage de câble final. Dans cette véritable guerre psychologique, les alliances ne sont pas stables, les équipes se modifient tour à tour. Le classique couple contre couple éclate rapidement, les hommes contre les femmes, tous contre un, toutes les stratégies sont passées en revue, abandonnant pour quelques minutes les insultes passées, de nouvelles équipes se liguent contre les autres. Tout vol en éclat, dans ce huit clos, entre ces quatre murs que l’on ne dépasse jamais, la bienséance du début laisse place au chaos, fait resurgir de vieilles querelles, se croisent sourires faux culs, regards tueurs, phrases assassines, gestes furtifs, toujours entrecoupés des insupportables coups de téléphone d’Alan Cowan.

Ce désordre en forme de crescendo est loin d’être linéaire pour autant. Se rencontre alors une mise en scène contrôlée à la perfection, des acteurs de haute voltige et une instabilité croissante du scénario. Le tout formant un magnifique carnage qu’il nous reste plus qu’à savourer.

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Le Havre

Typicmint

e_ee_ee_ee_ee_dL’avis de Typicmint

Marcel Marx est un cireur de chaussures qui manie la langue française comme son chiffon, d’une dextérité d’un autre temps. Son épouse Arletty l’attend pour son repas dans un intérieur désuet et minimaliste, mesurant chaque mot. Dans leur quartier, le bistrot, la boulangerie et l’épicerie sont aussi épiques que les havrais du cru ont des gueules touchantes d’anges déchus. Jusqu’à l’irruption d’un petit garçon immigré clandestin qui vient perturber la triangulation quotidienne et résignée de Marcel. Quand Arletty tombe malade, la rencontre entre Marcel et le garçon devient possible.

 

C’est une plongée dans une réalité qu’Aki Kaurismäki déforme à outrance pour mieux le révéler : un décor stylisé et coloré aux peintures rafraichies, des accessoires bichonnés, des références multiples et esthétiques (la scène bruyante du café est un hommage évident à Jacques Tati). Le fil d’Ariane, c’est le flic désabusé joué par Jean Pierre Daroussin qui fait avancer l’histoire par chapitre, et chaque entrevue avec Marcel (André Wilms, d’un jeu au cordeau) en est l’ouverture. Et c’est sans oublier Arletty (Kati Outinen, actrice fétiche d’Aki, celle d’une première rencontre avec « La fille aux allumettes ») à l’accent charmeur dans la langue de Molière qui détache définitivement l’action de toute réalité. La bonté et la solidarité sont un leitmotiv, sans mièvrerie, sans apitoiement, jusqu’à faire revivre dans le scénario le rocker 70′s Little Bob sur scène avec bonheur, et cette double perspective d’Aki (le scénario et la réalité d’avoir Little Bob au générique) est aussi la marque de sa propre générosité.

 

Le ton particulier du conte est donné : car il s’agit bien de cela, d’un conte. Tout y participe, rien n’est dramatique ni larmoyant, ni la maladie d’Arletty, ni les conditions de vie des immigrés. Tout peut y être dit, tout peut arriver, et tout est permis. Les grands naïfs servent la cause de l’histoire sans larme ni complaisance coupable. Aki Kaurismäki signe un manifeste de dignité avec l’humour distancié qu’on lui connait. Dixit Franck P. : Brillant !

 

Sortie nationale le 21 décembre 2011.

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La folie Almayer

Typicmint

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Typicmint

La folie Almayer est l’œuvre originale de Joseph Conrad de la toute fin du XIX° siècle mettant en scène un jeune négociant hollandais, marié sans amour pour exploiter des terres aurifères en dote. La ruine financière menace de jour en jour et il doit rapidement placer sa fille chérie dans un pensionnat loin de la maison familiale.

 

Pour cette adaptation, le parti pris de Chantal Akerman est de couper l’histoire du contexte original, colonialiste et empreint de culpabilité, pour ne s’attacher qu’au personnage de Kaspar Almayer, sa désespérance et sa lente dérive vers la folie. C’est une plongée dans les éléments naturels, l’éloignement et les tempêtes, qui renforcent le sentiment d’impuissance de cet homme à distribuer le bonheur à ceux qu’il aime. Ainsi, l’alchimie de la pellicule transforme l’œuvre originale en de splendides tableaux aussi photogéniques que picturaux. Techniquement, le récit se détache de la linéarité et de la vraisemblance : il se construit sur des discours en décalage avec l’image, sur des prises d’une fixité hallucinante. Les plans séquences sont appuyés, précis, voire d’une imperceptible mobilité (la première et la scène finale en sont sidérantes). Et le tout fonctionne, porté par un Stanilas Merhar inspiré, utilisant la moiteur de l’ambiance (le Cambodge pour le lieu de tournage) comme un accessoire, jouissant d’une grande liberté de jeu laissée par la cinéaste.

 

Cependant, là où l’action aurait pu facilement se situer dans les années cinquante ou soixante par les décors, la bande son, le contexte de la pension, les dialogues, la vision moderne de la ville déstabilise quelque peu, une sorte de grand écart trop abrupt. De plus, tendre l’oreille pour entendre les dialogues est un brin inconfortable.

 

Il reste cependant un plaisir immense et un film tendu, esthétique, maîtrisé. Il est des plans qui sont des natures mortes sombres où l’œil voit le mouvement dans la superposition de couches de peinture. Et il est aussi possible d’être surpris, y compris au vrai sens du terme, comme le spectateur à côté de moi sursautant et réagissant par la voix à une saute d’humeur d’Almayer. Chantal Akerman nous fait goûter à l’immensité impénétrable du décor pour nous y immerger avec plaisir et réussite. C’est du beau cinéma, sans aucun doute.

 

Sortie nationale le 25 janvier 2012.

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Les neiges du Kilimandjaro

Typicmint

e_ee_ee_ee_ee_dL’avis de Typicmint

Michel (Jean Pierre Daroussin) syndicaliste militant perd son travail en se sacrifiant pour un autre, Marie-Claire (Ariane Ascaride) aide à domicile une personne âgée. Malgré les aléas, ils sont heureux de leur vie avec enfants, petits enfants et amis présents pour leur fête de mariage. Et la vie est là, simple et tranquille, rien ne change. Et c’est une atmosphère bon enfant, à la Pagnol, qui soudain se retourne : deux agresseurs surgissent, dérobant billets et cartes bancaires. On ne vole pourtant qu’aux riches. Tout a changé.

Robert Guédiguian renoue ici avec ses acteurs fétiches dans le cadre prolétaire de l’Estaque. Mais pas seulement, car il bouleverse tout, avec un don et un tour de manivelle expert : il fait voler en éclats les certitudes de chacun. Ses héros, proches de la retraite, d’un modèle social enviable, des pairs parmi les pairs, se font renverser (au propre comme au figuré) par ceux du même bord et qui leur renvoient leurs minables renoncements et leur petite bourgeoisie. C’est le temps qui passe, quand chacun a négocié avec la vie et a fait des concessions que de plus jeunes n’ont pas encore faites et
leur signifie amèrement. A l’évidence, une ravine plus profonde que les autres se creuse, et il y a donc des blessures de l’âme : nos héros dévoilent leurs faiblesses dans chaque confrontation, désirant comprendre là où leurs certitudes tombent, où les règles qui les relient aux autres changent.

Le film déstructure ce qui anime les gentils, les généreux. Leur statut social acquis dans la bataille prolétaire n’est plus reconnu par le monde dans lequel ils vivent. Mais c’est bien là la nécessaire expérience de la remise en question, du réapprentissage du monde avant de se relancer. Cette déconstruction qui nous est donnée à voir est aussi savoureusement composée par Robert Guédiguian qu’indispensable à la reconstruction ultime de notre couple : l’humilité retrouvée, la certitude d’un nouveau choix assumé.

Coté inspiration, là où le poème de Victor Hugo, Les Pauvres Gens, décrit l’âpre réalité d’une famille de marins, le maître transforme l’histoire en conte sans dénaturer le propos. Comment ? Par le contre-pied. Dans la vraie vie, il est aussi improbable qu’inutile de prendre soin du voleur et de sa famille qu’on a au préalable accusé : on ne peut accabler et avoir de la sollicitude sinon on s’y perd. Et là, le scénario prend le principe à rebrousse poil, un ressort génial pour basculer dans la fable en déclarant la bonté comme l’issue propre aux histoires des généreux. Cassez son jouet à un gentil, il le construit à nouveau, différent, pour continuer à jouer avec, voire vous le prêter. Il fallait oser.

Et il faut être Guédiguian pour s’autoriser et réussir ce double salto, pour nous y emmener en sautillant presque, et on tremble de toutes les hésitations, comme on tremble pour le tiramisu (va-t-il lui aussi chuté ?) de Marilyne Canto admirable en sœur effondrée. Ce film nous parle, le Kilimandjaro est loin, le contentement étant plus proche qu’on ne le croit.

Sortie nationale le 15 novembre 2011.

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Polisse


Mysterarts

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Mysterarts

Polisse n’est pas un documentaire, Polisse n’est pas une fiction. Il vient se glisser juste entre les deux, comme pour nous mettre mal à l’aise, nous sentir le cul entre deux chaises. Regarder Polisse, c’est du voyeurisme sans en être, ne pas avoir été invité mais rire quand même, c’est s’infiltrer brutalement dans un monde troublant.

La forme du film est une chronique de vie de la Brigade de Protection de l’Enfance. Une série de scènes, montée avec énergie, qui nous présente tour à tour, des affaires à traiter (tirées des mois que passa la réalisatrice dans une vraie brigade) et des affaires internes : l’entente entre cette équipe et leurs vies privées, toutes deux difficiles à gérer.

Les histoires que traitent ces policiers sont gênantes, malsaines parfois : attouchements, viols, détournements de mineur, nous ne sommes pas là pour être épargnés. Belle prouesse, par ailleurs, que d’avoir su diriger ces jeunes acteurs, crédibles bien que finalement peu mis en avant. Un problème cependant, dont on ne se rend compte qu’une fois que le générique entame sa longue envolée : aucune conclusion ne nous est donnée pour chaque affaire rencontrée. On ne voit à chaque fois que l’interrogatoire, parfois une scène avant, ou une après. Et c’est tout. Bien sûr, cela permet au film de garder un rythme, et puis cela reflète ce que vivent les policiers, qui doivent passer aussitôt à un autre cas. Mais il faut admettre que l’on est peu habitué à ce que l’on nous présente un père incestueux, sans nous assurer qu’il finisse bien en prison.

Ceux que l’ont voient dans ce film, ce sont surtout ces flics, portant chacun il est vrai leur archétype comme un étendard, mais joués par des acteurs bien souvent très justes (exception faite de Karin Viard dont le ton me semble souvent faux). Je dois dire qu’à certains moments, je croyais être devant un reportage. Joeystarr par exemple, plus que crédible, dans un rôle certes à sa mesure (bourru, impulsif, grossier) mais bel et bien touchant.

Il y a peut-être des choses en trop dans ce film, comme cette histoire d’amour entre le personnage de la photographe venue capturée la BPE, représentant la réalisatrice, notre œil de spectateur et jouée par cette même Maïwenn, avec le flic campé par Joeystarr (couple dans la vie). Des plans qui s’attardent trop, qui semblent soudain insister pour nous montrer où laisser aller ses larmes, plombent aussi quelques scènes.

Mais on les oublie vite. Les deux heures de film filent, les histoires défilent, et on passe tantôt du lourd au léger, comme dans un manège à hautes sensations : on se met à rire sans raison, ou devant la déraison des situations, on s’exclame, on pouffe, on secoue la tête, on serre la mâchoire, on est prêt à se lever pour mettre à terre ce détraqué, on sourit, on n’a jamais le temps de souffler, on enchaîne : bref, on est pleinement dans cette brigade.

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