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Take Shelter

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_dL’avis de Rofraitryat

Encore un film qui sent l’apocalypse, la grosse tempête ravageuse, quasiment la fin du monde ?! Allons nous vraiment nous coltiner une année entière de reportages ultra intéressants sur des mecs qui déchiffrent les calendriers Mayas et ceux qui creusent des tranchées et des abris dans leur jardin… J’en ai bien peur. Mais ce premier film de l’année 2012, certes angoissant, évite bien ces écueils et nous livre un spectacle de haute voltige.

On est emmené dans la famille Laforche, avec un père sombrant peu à peu dans la paranoïa autour d’un possible cataclysme météorologique après des rêves quelques peu agités. Une mère qui s’en trouve angoissée, et une petite fille, sourde et muette, dont le calme et le silence pèse dans l’atmosphère familiale.
Le film est d’abord rythmé par les rêves vraiment angoissants du père dont les impacts perturbent aussi la réalité. Ce pressentiment hante peu à peu entièrement cet homme, affectant ainsi sa famille, son travail, ses occupations, ses priorités et jusqu’à sa santé mentale. On est totalement happé dans cet engrenage schizophrénique.

Le film prend son temps et c’est assez rare pour être souligné. On observe Curtis, observer lui même le ciel, scruter le mouvement des oiseaux, ou celui des nuages. A force d’imaginer cette tempête, à force d’en trouver des signes ou des anticipations, elle va peu à peu se créer dans sa tête. On finit par ne plus savoir qui ou quoi croire. On veut s’accrocher à son entourage qui semble plus sain d’esprit que ce père sombrant dans la folie, mais on s’attache tout de même à lui, on ne veut pas s’opposer et fermer les yeux sur ses visions, à tort ou à raison.
La mise en scène est vraiment bien maitrisé, et arrive à nous communiquer les sentiments des personnages tout en permettant de scruter cet environnement qui ne peut empêcher d’inquiéter.

Bref, un film calme, prenant, parfois vraiment angoissant et finalement magistral.

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Carnage

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Rofraitryat

Cette fois ci Polanski nous enferme entre quatre murs dorés, dans un bel appartement de Manhattan dont on ne sortira pas indemne. Inspiré d’une pièce de théâtre, Polanski va en garder tous les codes, toutes ses limites physiques et temporelles propres à cet art pour nous les retranscrire dans le sien.

Notre passage dans ce petit monde va se faire aux cotés de Jodie Foster, Kate Winslet, Critstoph Watlz et John C. Reilly. On ne vas pas les lâcher, on va rester enfermé avec eux, impossible de sortir malgré les nombreuses tentatives, 1h20 en leur compagnie, découvrant petit à petit des traits de caractères, des vieilles rancoeurs, des points de vue divergents et d’innombrables différences. Cette rencontre nous met au même niveau qu’eux, ils ne se connaissent pas, vont apprendre à se découvrir et surtout à se détester, que le carnage commence !

Comme dans les pièces de théâtre, ce film est une vrai performance d’acteurs. Pour moi, aucun ne dénote dans sa qualité de jeu, tous sont aussi crédibles et insupportables. Mais, il est vrai que c’est avec l’espoir de retrouver le jeu d’acteur qu’on avait délecté dans Inglorious Basterds, que j’attendais avec impatience la prestation de Cristoph Waltz sous la direction d’un aussi talentueux metteur en scène. Et il ne pouvait être qu’à l’aise dans un rôle pareil. Hautain, avocat du diable, insupportablement over-booké, et cherchant toujours à imposer son point de vue. Presqu’aussi vicieux qu’en nazi, il arrive, en un sourire, un coup de téléphone ou une réflexion à ébranler tout le monde qui l’entoure, tout en restant, lui, presque toujours calme.

Les rapports de force ne cessent de se modifier. Attaque, contre attaque, esquive et coup dans le dos s’enchainent, montent en puissance jusqu’au carnage, au pétage de câble final. Dans cette véritable guerre psychologique, les alliances ne sont pas stables, les équipes se modifient tour à tour. Le classique couple contre couple éclate rapidement, les hommes contre les femmes, tous contre un, toutes les stratégies sont passées en revue, abandonnant pour quelques minutes les insultes passées, de nouvelles équipes se liguent contre les autres. Tout vol en éclat, dans ce huit clos, entre ces quatre murs que l’on ne dépasse jamais, la bienséance du début laisse place au chaos, fait resurgir de vieilles querelles, se croisent sourires faux culs, regards tueurs, phrases assassines, gestes furtifs, toujours entrecoupés des insupportables coups de téléphone d’Alan Cowan.

Ce désordre en forme de crescendo est loin d’être linéaire pour autant. Se rencontre alors une mise en scène contrôlée à la perfection, des acteurs de haute voltige et une instabilité croissante du scénario. Le tout formant un magnifique carnage qu’il nous reste plus qu’à savourer.

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Le Havre

Typicmint

e_ee_ee_ee_ee_dL’avis de Typicmint

Marcel Marx est un cireur de chaussures qui manie la langue française comme son chiffon, d’une dextérité d’un autre temps. Son épouse Arletty l’attend pour son repas dans un intérieur désuet et minimaliste, mesurant chaque mot. Dans leur quartier, le bistrot, la boulangerie et l’épicerie sont aussi épiques que les havrais du cru ont des gueules touchantes d’anges déchus. Jusqu’à l’irruption d’un petit garçon immigré clandestin qui vient perturber la triangulation quotidienne et résignée de Marcel. Quand Arletty tombe malade, la rencontre entre Marcel et le garçon devient possible.

 

C’est une plongée dans une réalité qu’Aki Kaurismäki déforme à outrance pour mieux le révéler : un décor stylisé et coloré aux peintures rafraichies, des accessoires bichonnés, des références multiples et esthétiques (la scène bruyante du café est un hommage évident à Jacques Tati). Le fil d’Ariane, c’est le flic désabusé joué par Jean Pierre Daroussin qui fait avancer l’histoire par chapitre, et chaque entrevue avec Marcel (André Wilms, d’un jeu au cordeau) en est l’ouverture. Et c’est sans oublier Arletty (Kati Outinen, actrice fétiche d’Aki, celle d’une première rencontre avec « La fille aux allumettes ») à l’accent charmeur dans la langue de Molière qui détache définitivement l’action de toute réalité. La bonté et la solidarité sont un leitmotiv, sans mièvrerie, sans apitoiement, jusqu’à faire revivre dans le scénario le rocker 70′s Little Bob sur scène avec bonheur, et cette double perspective d’Aki (le scénario et la réalité d’avoir Little Bob au générique) est aussi la marque de sa propre générosité.

 

Le ton particulier du conte est donné : car il s’agit bien de cela, d’un conte. Tout y participe, rien n’est dramatique ni larmoyant, ni la maladie d’Arletty, ni les conditions de vie des immigrés. Tout peut y être dit, tout peut arriver, et tout est permis. Les grands naïfs servent la cause de l’histoire sans larme ni complaisance coupable. Aki Kaurismäki signe un manifeste de dignité avec l’humour distancié qu’on lui connait. Dixit Franck P. : Brillant !

 

Sortie nationale le 21 décembre 2011.

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La folie Almayer

Typicmint

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Typicmint

La folie Almayer est l’œuvre originale de Joseph Conrad de la toute fin du XIX° siècle mettant en scène un jeune négociant hollandais, marié sans amour pour exploiter des terres aurifères en dote. La ruine financière menace de jour en jour et il doit rapidement placer sa fille chérie dans un pensionnat loin de la maison familiale.

 

Pour cette adaptation, le parti pris de Chantal Akerman est de couper l’histoire du contexte original, colonialiste et empreint de culpabilité, pour ne s’attacher qu’au personnage de Kaspar Almayer, sa désespérance et sa lente dérive vers la folie. C’est une plongée dans les éléments naturels, l’éloignement et les tempêtes, qui renforcent le sentiment d’impuissance de cet homme à distribuer le bonheur à ceux qu’il aime. Ainsi, l’alchimie de la pellicule transforme l’œuvre originale en de splendides tableaux aussi photogéniques que picturaux. Techniquement, le récit se détache de la linéarité et de la vraisemblance : il se construit sur des discours en décalage avec l’image, sur des prises d’une fixité hallucinante. Les plans séquences sont appuyés, précis, voire d’une imperceptible mobilité (la première et la scène finale en sont sidérantes). Et le tout fonctionne, porté par un Stanilas Merhar inspiré, utilisant la moiteur de l’ambiance (le Cambodge pour le lieu de tournage) comme un accessoire, jouissant d’une grande liberté de jeu laissée par la cinéaste.

 

Cependant, là où l’action aurait pu facilement se situer dans les années cinquante ou soixante par les décors, la bande son, le contexte de la pension, les dialogues, la vision moderne de la ville déstabilise quelque peu, une sorte de grand écart trop abrupt. De plus, tendre l’oreille pour entendre les dialogues est un brin inconfortable.

 

Il reste cependant un plaisir immense et un film tendu, esthétique, maîtrisé. Il est des plans qui sont des natures mortes sombres où l’œil voit le mouvement dans la superposition de couches de peinture. Et il est aussi possible d’être surpris, y compris au vrai sens du terme, comme le spectateur à côté de moi sursautant et réagissant par la voix à une saute d’humeur d’Almayer. Chantal Akerman nous fait goûter à l’immensité impénétrable du décor pour nous y immerger avec plaisir et réussite. C’est du beau cinéma, sans aucun doute.

 

Sortie nationale le 25 janvier 2012.

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Les neiges du Kilimandjaro

Typicmint

e_ee_ee_ee_ee_dL’avis de Typicmint

Michel (Jean Pierre Daroussin) syndicaliste militant perd son travail en se sacrifiant pour un autre, Marie-Claire (Ariane Ascaride) aide à domicile une personne âgée. Malgré les aléas, ils sont heureux de leur vie avec enfants, petits enfants et amis présents pour leur fête de mariage. Et la vie est là, simple et tranquille, rien ne change. Et c’est une atmosphère bon enfant, à la Pagnol, qui soudain se retourne : deux agresseurs surgissent, dérobant billets et cartes bancaires. On ne vole pourtant qu’aux riches. Tout a changé.

Robert Guédiguian renoue ici avec ses acteurs fétiches dans le cadre prolétaire de l’Estaque. Mais pas seulement, car il bouleverse tout, avec un don et un tour de manivelle expert : il fait voler en éclats les certitudes de chacun. Ses héros, proches de la retraite, d’un modèle social enviable, des pairs parmi les pairs, se font renverser (au propre comme au figuré) par ceux du même bord et qui leur renvoient leurs minables renoncements et leur petite bourgeoisie. C’est le temps qui passe, quand chacun a négocié avec la vie et a fait des concessions que de plus jeunes n’ont pas encore faites et
leur signifie amèrement. A l’évidence, une ravine plus profonde que les autres se creuse, et il y a donc des blessures de l’âme : nos héros dévoilent leurs faiblesses dans chaque confrontation, désirant comprendre là où leurs certitudes tombent, où les règles qui les relient aux autres changent.

Le film déstructure ce qui anime les gentils, les généreux. Leur statut social acquis dans la bataille prolétaire n’est plus reconnu par le monde dans lequel ils vivent. Mais c’est bien là la nécessaire expérience de la remise en question, du réapprentissage du monde avant de se relancer. Cette déconstruction qui nous est donnée à voir est aussi savoureusement composée par Robert Guédiguian qu’indispensable à la reconstruction ultime de notre couple : l’humilité retrouvée, la certitude d’un nouveau choix assumé.

Coté inspiration, là où le poème de Victor Hugo, Les Pauvres Gens, décrit l’âpre réalité d’une famille de marins, le maître transforme l’histoire en conte sans dénaturer le propos. Comment ? Par le contre-pied. Dans la vraie vie, il est aussi improbable qu’inutile de prendre soin du voleur et de sa famille qu’on a au préalable accusé : on ne peut accabler et avoir de la sollicitude sinon on s’y perd. Et là, le scénario prend le principe à rebrousse poil, un ressort génial pour basculer dans la fable en déclarant la bonté comme l’issue propre aux histoires des généreux. Cassez son jouet à un gentil, il le construit à nouveau, différent, pour continuer à jouer avec, voire vous le prêter. Il fallait oser.

Et il faut être Guédiguian pour s’autoriser et réussir ce double salto, pour nous y emmener en sautillant presque, et on tremble de toutes les hésitations, comme on tremble pour le tiramisu (va-t-il lui aussi chuté ?) de Marilyne Canto admirable en sœur effondrée. Ce film nous parle, le Kilimandjaro est loin, le contentement étant plus proche qu’on ne le croit.

Sortie nationale le 15 novembre 2011.

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Polisse


Mysterarts

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Mysterarts

Polisse n’est pas un documentaire, Polisse n’est pas une fiction. Il vient se glisser juste entre les deux, comme pour nous mettre mal à l’aise, nous sentir le cul entre deux chaises. Regarder Polisse, c’est du voyeurisme sans en être, ne pas avoir été invité mais rire quand même, c’est s’infiltrer brutalement dans un monde troublant.

La forme du film est une chronique de vie de la Brigade de Protection de l’Enfance. Une série de scènes, montée avec énergie, qui nous présente tour à tour, des affaires à traiter (tirées des mois que passa la réalisatrice dans une vraie brigade) et des affaires internes : l’entente entre cette équipe et leurs vies privées, toutes deux difficiles à gérer.

Les histoires que traitent ces policiers sont gênantes, malsaines parfois : attouchements, viols, détournements de mineur, nous ne sommes pas là pour être épargnés. Belle prouesse, par ailleurs, que d’avoir su diriger ces jeunes acteurs, crédibles bien que finalement peu mis en avant. Un problème cependant, dont on ne se rend compte qu’une fois que le générique entame sa longue envolée : aucune conclusion ne nous est donnée pour chaque affaire rencontrée. On ne voit à chaque fois que l’interrogatoire, parfois une scène avant, ou une après. Et c’est tout. Bien sûr, cela permet au film de garder un rythme, et puis cela reflète ce que vivent les policiers, qui doivent passer aussitôt à un autre cas. Mais il faut admettre que l’on est peu habitué à ce que l’on nous présente un père incestueux, sans nous assurer qu’il finisse bien en prison.

Ceux que l’ont voient dans ce film, ce sont surtout ces flics, portant chacun il est vrai leur archétype comme un étendard, mais joués par des acteurs bien souvent très justes (exception faite de Karin Viard dont le ton me semble souvent faux). Je dois dire qu’à certains moments, je croyais être devant un reportage. Joeystarr par exemple, plus que crédible, dans un rôle certes à sa mesure (bourru, impulsif, grossier) mais bel et bien touchant.

Il y a peut-être des choses en trop dans ce film, comme cette histoire d’amour entre le personnage de la photographe venue capturée la BPE, représentant la réalisatrice, notre œil de spectateur et jouée par cette même Maïwenn, avec le flic campé par Joeystarr (couple dans la vie). Des plans qui s’attardent trop, qui semblent soudain insister pour nous montrer où laisser aller ses larmes, plombent aussi quelques scènes.

Mais on les oublie vite. Les deux heures de film filent, les histoires défilent, et on passe tantôt du lourd au léger, comme dans un manège à hautes sensations : on se met à rire sans raison, ou devant la déraison des situations, on s’exclame, on pouffe, on secoue la tête, on serre la mâchoire, on est prêt à se lever pour mettre à terre ce détraqué, on sourit, on n’a jamais le temps de souffler, on enchaîne : bref, on est pleinement dans cette brigade.

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Drive


Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Rofraitryat

Conseil préalable avant de lire la critique : branchez votre casque audio et mettez Night Call de Kavinsky à fond pendant que vous la lisez.

Ça y est on peut démarrer, mais plus rien n’est laissé au hasard, à partir de maintenant tout est maîtrisé, on est porté, comme lorsqu’on regarde la ville, la nuit, assis confortablement dans la voiture, la musique comme seul son, les phares comme seule lumière. C’est un maître de la mise en scène, un vrai, qui vous offre le voyage.

Inexpressif de la première accélération au dernier dérapage, on suit cet homme à qui les masques vont comme un gant. Visage impassible, contrôlant autant ses émotions que son bolide, il file vers son but sans dévier. Sans faille, sans pitié, on n’a pas envie de cligner des yeux pour être sûr de ne rien rater.
Le calme, le silence, voilà l’ambiance. Pourtant, quelle puissance, quelle tension, il nous tient sans qu’on ne veuille penser à autre chose. On est trop submergé pour vouloir faire autre chose que de contempler ces scènes folles mais parfaitement définies, cette lumière qui sublime le tout. Les carnages les plus gores accélèrent le rythme du film sans fausse note, juste intensifiant encore un peu l’atmosphère.

Cette absence d’émotivité faciale n’est pas sans nous rappeler l’univers des jeux vidéos. Ce personnage que l’on incarne et qui n’a qu’un but, sans que le monde extérieur ne puisse rien y faire, cette voiture que l’on semble presque maîtriser, ces complices que l’on voit passer puis disparaître sans laisser de trace sur notre incarnation à l’écran. Cette concentration de tous les instants qui ne laisse la place à rien d’autre. Les règles du jeu sont rapidement posées, simples, claires, sans fioritures, sans complications, avec les mains propres et les poches remplies, en théorie.

Los Angeles la nuit, le jeu de lumière avec les phares, le cure-dent dans la bouche, le scorpion dans le dos, la bande originale couvrant les bruits de la vie ; c’est parti, pas pour un cliché, non, mais pour un pur moment de ciné.

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The Artist

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Rofraitryat

Ces deux là, Michel et Jean pour les intimes, nous avaient déjà enchanté deux fois. Ils avaient réussi presqu’un exploit en recréant de toute pièce un vrai film comique, déjanté, décalé, franc parlé et surtout léger. Faire rire, sans être lourd, mais faire rire avec des répliques cultes tout de même, après la réussite des OSS 117, la pression est grande pour ce couple de cinéma.

The Artist propose une véritable expérience cinématographique. Vous me direz, est-ce vraiment innovant de reprendre des techniques du passé ? Pourquoi pas se regarder un vieux Charlie Chaplin ? Je vous répondrais, oui mais non. The Artist, c’est un « traitement à l’ancienne » mais le reste, l’humour, la direction des acteurs, la dérision, tout ça est bien actuel et servi par ce couple qui fonctionne si bien, Hazanavicius – Dujardin. En les voyant en vrai, on sent qu’on ne s’est pas trompé sur l’alchimie qui existe entre les deux, l’audace d’un réalisateur qui assume de faire de l’humour mais qui refuse les lourdeurs, et un acteur qui maîtrise une gestuelle et des mimiques avec un rare talent, au point de nous faire rire, sans paroles, par un mouvement de sourcil, ou une partie de claquettes.

The Artist n’est pas seulement un film muet, c’est un film qui traite du muet au cinéma. Il traite des possibilités et méthodes permises par cette technique, il montre ses limites, l’angoisse du changement, la rupture vers le cinéma parlé. Il montre tout ça à la fois par la réalisation, l’excellent jeu de lumière, la place centrale des musiques et des vrais silences (tellement rares au cinéma !), mais aussi par la vie et les carrières des personnages qui se retrouvent en plein cœur du bouleversement des techniques cinématographiques.

Dujardin, Dujardin, prix d’interprétation, Dujardin, il n’y en a que pour lui. Sa partenaire (Bérénice Bejo), pourtant bien plus qu’un second rôle, doit-elle vraiment être éclipsée ? Pas facile de se frotter au roi de l’expression corporelle. Le rôle est taillé sur mesure pour Dujardin, et permet d’imposer dès le début du film son style unique, premiers pas de danse, premier sourire, première moquerie, le tour est joué, il nous a embarqué. Alors oui, il porte une bonne partie du capital comique, mais il faut dire que Berenice Bejo ne déçoit pas, loin d’être fade, elle s’approprie bien le style muet misant sur l’audace et l’inventivité.

En ayant poussé aussi loin l’extravagance de la forme, on aurait presque aimé un peu plus de folie dans le fond tout au long du film. Car oui, Dujardin est d’abord bon quand il va trop loin. Heureusement, la scène finale comble largement nos attentes, le trio Hanazavicius, Dujardin, Bejo, n’a décidément rien perdu de son talent, pourvu qu’il dure encore longtemps.

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La guerre est déclarée

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Rofraitryat

Dès la bande d’annonce (vraiment réussie pour un film français…), Valérie Donzelli semble nous promettre un film au sujet difficile, mais au traitement revigorant; un pari risqué où le ton de la gravité devra laisser sa place à un peu de légèreté et beaucoup de sincérité.

L’engouement autour de ce film trouve vite sa justification ; en effet, une réelle force s’en dégage. Fait assez rare au dans les récents films français pour être souligné et largement apprécié. Tout y participe, des scènes fortes en émotions qui nous font passer du rire aux larmes, une bande son revigorante, des acteurs pas vraiment comédiens, criant de vérité et d’intensité.

Le film ressemble parfois à un documentaire sur le système de santé public français ou sur la vie autour de l’handicap chez l’enfant. En effet, on ne laisse pas beaucoup de place à la fiction dans cette histoire plus qu’inspirée de la vie de la réalisatrice aussi actrice et de son compagnon de l’époque qui joue son propre rôle. L’autobiographie est toute proche, et la volonté de donner au film une part d’amateurisme contribue au sentiment qu’une caméra (ou plutôt un appareil photo ici) s’est glissée dans la vie de ce couple.

Les défauts de forme ne manqueront pas d’agacer les puristes de la technique cinématographique. De la qualité de l’image à l’enchaînement des plans, on trouve facilement à redire sur ce film qui n’est que le second de la carrière de la réalisatrice. Mais, le message qui est transmis durant tout le film nous fait très vite oublier ce qui apparaît comme des détails face à l’énergie et au fond puissant qui se dégage. Roméo le répète, « ne gardons que le positif », et on a vraiment envie de faire de même ; c’est trop rare de sortir du cinéma ému, renforcé et avec une envie de vivre toujours plus forte.

Au final, ce bijou de cinéma prend la forme d’un petit film porté par un fond énorme. La guerre ici déclarée est celle de l’espoir, de l’énergie, de l’amour, de la persévérance, du positif, et de la vie avant tout.

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Midnight in Paris

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Rofraitryat

Woody Allen est de retour ! Et oui, ça fait quand même 6 mois que son dernier film est sorti, et il faut que le petit Woody assure sa cadence annuelle, au risque que ses films soient aussi marquants que « vous allez rencontrez un bel et sombre inconnu… », déjà passé aux oubliettes. Il l’avoue lui même « Hollywood est une usine ou l’on fabrique 17 films sur une idée qui ne vaut pas un court métrage », et on sait à quel point un Paris enchanté est bankable à travers le monde…

Alors oui, j’étais un peu fâché avec Woody, et la vue de la bande d’annonce de Midnight In Paris n’allait pas arranger les choses. On croit apercevoir une mièvrerie dégoulinante de Paris caricatural, mais pour une fois, c’est en fait le soucis de préserver le secret du film et toute son ingéniosité qui a primé, à notre grande et bonne surprise. (Contrairement à la bienveillante BA qui nous préserve le plaisir de la découverte, je vais clairement spoiler dans ma critique…).

Après une carte postale digne de l’office de tourisme de Paris, sur violon et accordéon, le film démarre et on fait la rencontre de Gil et Inez, couple à la fois au bord du mariage et de la rupture. A vrai dire ce n’est pas le couple qui ne se supporte plus, mais toute la joyeuse bande qui entoure Inez (du père pro Tea Party, au copain pédant). Gil, lui, aime Paris et la littérature. Marre d’écrire des scénarios plats pour un bon salaire, il cherche l’aventure, la découverte dans son environnement préféré.

Gil va donc concrétiser cette envie en escapade nocturne et solitaire dans les rues de Paris. Au retentissement des 12 coups de minuit, telle Cendrillon, un beau « carrosse » va arriver. A partir de ce moment, Gil, aussi perdu que nous, se retrouve dans une autre époque, l’Age d’Or Parisien, à côté des plus grands noms, dans l’ambiance folle des années 20. Accumulant les rencontres les plus incongrues, on se retrouve transporté, ébloui et surpris. Le film va continuer dans des va-et-vient entre la réalité et des époques éloignées, nous réservant toutes de nombreuses bonnes surprises.

Mais la où j’avais peur qu’il tombe dans des stéréotypes made in France préfabriqués pour des étrangers et des américains en mal de glamour et de chic francais, Woody Allen montre son talent, non pas d’éviter ces clichés mais de jouer avec eux avec une grande finesse et une légèreté dont il a le secret. La fin du film parfait l’ensemble, lorsque l’auto dérision illustre la manière judicieuse avec laquelle tous les clichés sont utilisés.
Une vraie bonne surprise, Woody Allen, n’évite pas le piège de résumer Paris à une accumulation d’image archi-classique et de belles légendes, mais au contraire en plongeant dans ce tourbillon de clichés nous fait traverser les époques, en compagnie des plus grands avec une dérision vraiment agréable. Le sérieux n’est pas de mise, et tant mieux.

Owen Wilson (Gil), pas vraiment habitué à ce genre de film (Bon à tirer, Marley et moi…) s’en sort honorablement et on semble ressentir tout le long du film des sentiments proches du personnage. Carla Bruni n’a pas l’anglais aussi parfait que Marion Cotillard mais largement de quoi donner des cours à son mari… Marion Cotillard, elle, brille dans une beauté d’une autre époque, et on apprécie de croiser, au delà des fictifs grands artistes du 20ème siècle, des véritables bons acteurs tel Adrien Brody.

Finalement le film passe comme un conte enchanté, avec une morale sur l’âge d’or passé (d’ailleurs la morale implicite aurait suffit, rabâcher la conclusion dans les derniers dialogues n’était pas nécessaire…)

Bref, on est happé par ce délire de cinéaste faisant revivre des artistes de toutes les époques, et on attend avec impatience chaque nouvelle rencontre, toujours plus surréaliste ! Se rabibocher avec Woody, Paris réussi.

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