Les frères Lampe de Poche vous conseillent :

Drive


Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Rofraitryat

Conseil préalable avant de lire la critique : branchez votre casque audio et mettez Night Call de Kavinsky à fond pendant que vous la lisez.

Ça y est on peut démarrer, mais plus rien n’est laissé au hasard, à partir de maintenant tout est maîtrisé, on est porté, comme lorsqu’on regarde la ville, la nuit, assis confortablement dans la voiture, la musique comme seul son, les phares comme seule lumière. C’est un maître de la mise en scène, un vrai, qui vous offre le voyage.

Inexpressif de la première accélération au dernier dérapage, on suit cet homme à qui les masques vont comme un gant. Visage impassible, contrôlant autant ses émotions que son bolide, il file vers son but sans dévier. Sans faille, sans pitié, on n’a pas envie de cligner des yeux pour être sûr de ne rien rater.
Le calme, le silence, voilà l’ambiance. Pourtant, quelle puissance, quelle tension, il nous tient sans qu’on ne veuille penser à autre chose. On est trop submergé pour vouloir faire autre chose que de contempler ces scènes folles mais parfaitement définies, cette lumière qui sublime le tout. Les carnages les plus gores accélèrent le rythme du film sans fausse note, juste intensifiant encore un peu l’atmosphère.

Cette absence d’émotivité faciale n’est pas sans nous rappeler l’univers des jeux vidéos. Ce personnage que l’on incarne et qui n’a qu’un but, sans que le monde extérieur ne puisse rien y faire, cette voiture que l’on semble presque maîtriser, ces complices que l’on voit passer puis disparaître sans laisser de trace sur notre incarnation à l’écran. Cette concentration de tous les instants qui ne laisse la place à rien d’autre. Les règles du jeu sont rapidement posées, simples, claires, sans fioritures, sans complications, avec les mains propres et les poches remplies, en théorie.

Los Angeles la nuit, le jeu de lumière avec les phares, le cure-dent dans la bouche, le scorpion dans le dos, la bande originale couvrant les bruits de la vie ; c’est parti, pas pour un cliché, non, mais pour un pur moment de ciné.

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The Artist

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Rofraitryat

Ces deux là, Michel et Jean pour les intimes, nous avaient déjà enchanté deux fois. Ils avaient réussi presqu’un exploit en recréant de toute pièce un vrai film comique, déjanté, décalé, franc parlé et surtout léger. Faire rire, sans être lourd, mais faire rire avec des répliques cultes tout de même, après la réussite des OSS 117, la pression est grande pour ce couple de cinéma.

The Artist propose une véritable expérience cinématographique. Vous me direz, est-ce vraiment innovant de reprendre des techniques du passé ? Pourquoi pas se regarder un vieux Charlie Chaplin ? Je vous répondrais, oui mais non. The Artist, c’est un « traitement à l’ancienne » mais le reste, l’humour, la direction des acteurs, la dérision, tout ça est bien actuel et servi par ce couple qui fonctionne si bien, Hazanavicius – Dujardin. En les voyant en vrai, on sent qu’on ne s’est pas trompé sur l’alchimie qui existe entre les deux, l’audace d’un réalisateur qui assume de faire de l’humour mais qui refuse les lourdeurs, et un acteur qui maîtrise une gestuelle et des mimiques avec un rare talent, au point de nous faire rire, sans paroles, par un mouvement de sourcil, ou une partie de claquettes.

The Artist n’est pas seulement un film muet, c’est un film qui traite du muet au cinéma. Il traite des possibilités et méthodes permises par cette technique, il montre ses limites, l’angoisse du changement, la rupture vers le cinéma parlé. Il montre tout ça à la fois par la réalisation, l’excellent jeu de lumière, la place centrale des musiques et des vrais silences (tellement rares au cinéma !), mais aussi par la vie et les carrières des personnages qui se retrouvent en plein cœur du bouleversement des techniques cinématographiques.

Dujardin, Dujardin, prix d’interprétation, Dujardin, il n’y en a que pour lui. Sa partenaire (Bérénice Bejo), pourtant bien plus qu’un second rôle, doit-elle vraiment être éclipsée ? Pas facile de se frotter au roi de l’expression corporelle. Le rôle est taillé sur mesure pour Dujardin, et permet d’imposer dès le début du film son style unique, premiers pas de danse, premier sourire, première moquerie, le tour est joué, il nous a embarqué. Alors oui, il porte une bonne partie du capital comique, mais il faut dire que Berenice Bejo ne déçoit pas, loin d’être fade, elle s’approprie bien le style muet misant sur l’audace et l’inventivité.

En ayant poussé aussi loin l’extravagance de la forme, on aurait presque aimé un peu plus de folie dans le fond tout au long du film. Car oui, Dujardin est d’abord bon quand il va trop loin. Heureusement, la scène finale comble largement nos attentes, le trio Hanazavicius, Dujardin, Bejo, n’a décidément rien perdu de son talent, pourvu qu’il dure encore longtemps.

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La guerre est déclarée

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Rofraitryat

Dès la bande d’annonce (vraiment réussie pour un film français…), Valérie Donzelli semble nous promettre un film au sujet difficile, mais au traitement revigorant; un pari risqué où le ton de la gravité devra laisser sa place à un peu de légèreté et beaucoup de sincérité.

L’engouement autour de ce film trouve vite sa justification ; en effet, une réelle force s’en dégage. Fait assez rare au dans les récents films français pour être souligné et largement apprécié. Tout y participe, des scènes fortes en émotions qui nous font passer du rire aux larmes, une bande son revigorante, des acteurs pas vraiment comédiens, criant de vérité et d’intensité.

Le film ressemble parfois à un documentaire sur le système de santé public français ou sur la vie autour de l’handicap chez l’enfant. En effet, on ne laisse pas beaucoup de place à la fiction dans cette histoire plus qu’inspirée de la vie de la réalisatrice aussi actrice et de son compagnon de l’époque qui joue son propre rôle. L’autobiographie est toute proche, et la volonté de donner au film une part d’amateurisme contribue au sentiment qu’une caméra (ou plutôt un appareil photo ici) s’est glissée dans la vie de ce couple.

Les défauts de forme ne manqueront pas d’agacer les puristes de la technique cinématographique. De la qualité de l’image à l’enchaînement des plans, on trouve facilement à redire sur ce film qui n’est que le second de la carrière de la réalisatrice. Mais, le message qui est transmis durant tout le film nous fait très vite oublier ce qui apparaît comme des détails face à l’énergie et au fond puissant qui se dégage. Roméo le répète, « ne gardons que le positif », et on a vraiment envie de faire de même ; c’est trop rare de sortir du cinéma ému, renforcé et avec une envie de vivre toujours plus forte.

Au final, ce bijou de cinéma prend la forme d’un petit film porté par un fond énorme. La guerre ici déclarée est celle de l’espoir, de l’énergie, de l’amour, de la persévérance, du positif, et de la vie avant tout.

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Midnight in Paris

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Rofraitryat

Woody Allen est de retour ! Et oui, ça fait quand même 6 mois que son dernier film est sorti, et il faut que le petit Woody assure sa cadence annuelle, au risque que ses films soient aussi marquants que « vous allez rencontrez un bel et sombre inconnu… », déjà passé aux oubliettes. Il l’avoue lui même « Hollywood est une usine ou l’on fabrique 17 films sur une idée qui ne vaut pas un court métrage », et on sait à quel point un Paris enchanté est bankable à travers le monde…

Alors oui, j’étais un peu fâché avec Woody, et la vue de la bande d’annonce de Midnight In Paris n’allait pas arranger les choses. On croit apercevoir une mièvrerie dégoulinante de Paris caricatural, mais pour une fois, c’est en fait le soucis de préserver le secret du film et toute son ingéniosité qui a primé, à notre grande et bonne surprise. (Contrairement à la bienveillante BA qui nous préserve le plaisir de la découverte, je vais clairement spoiler dans ma critique…).

Après une carte postale digne de l’office de tourisme de Paris, sur violon et accordéon, le film démarre et on fait la rencontre de Gil et Inez, couple à la fois au bord du mariage et de la rupture. A vrai dire ce n’est pas le couple qui ne se supporte plus, mais toute la joyeuse bande qui entoure Inez (du père pro Tea Party, au copain pédant). Gil, lui, aime Paris et la littérature. Marre d’écrire des scénarios plats pour un bon salaire, il cherche l’aventure, la découverte dans son environnement préféré.

Gil va donc concrétiser cette envie en escapade nocturne et solitaire dans les rues de Paris. Au retentissement des 12 coups de minuit, telle Cendrillon, un beau « carrosse » va arriver. A partir de ce moment, Gil, aussi perdu que nous, se retrouve dans une autre époque, l’Age d’Or Parisien, à côté des plus grands noms, dans l’ambiance folle des années 20. Accumulant les rencontres les plus incongrues, on se retrouve transporté, ébloui et surpris. Le film va continuer dans des va-et-vient entre la réalité et des époques éloignées, nous réservant toutes de nombreuses bonnes surprises.

Mais la où j’avais peur qu’il tombe dans des stéréotypes made in France préfabriqués pour des étrangers et des américains en mal de glamour et de chic francais, Woody Allen montre son talent, non pas d’éviter ces clichés mais de jouer avec eux avec une grande finesse et une légèreté dont il a le secret. La fin du film parfait l’ensemble, lorsque l’auto dérision illustre la manière judicieuse avec laquelle tous les clichés sont utilisés.
Une vraie bonne surprise, Woody Allen, n’évite pas le piège de résumer Paris à une accumulation d’image archi-classique et de belles légendes, mais au contraire en plongeant dans ce tourbillon de clichés nous fait traverser les époques, en compagnie des plus grands avec une dérision vraiment agréable. Le sérieux n’est pas de mise, et tant mieux.

Owen Wilson (Gil), pas vraiment habitué à ce genre de film (Bon à tirer, Marley et moi…) s’en sort honorablement et on semble ressentir tout le long du film des sentiments proches du personnage. Carla Bruni n’a pas l’anglais aussi parfait que Marion Cotillard mais largement de quoi donner des cours à son mari… Marion Cotillard, elle, brille dans une beauté d’une autre époque, et on apprécie de croiser, au delà des fictifs grands artistes du 20ème siècle, des véritables bons acteurs tel Adrien Brody.

Finalement le film passe comme un conte enchanté, avec une morale sur l’âge d’or passé (d’ailleurs la morale implicite aurait suffit, rabâcher la conclusion dans les derniers dialogues n’était pas nécessaire…)

Bref, on est happé par ce délire de cinéaste faisant revivre des artistes de toutes les époques, et on attend avec impatience chaque nouvelle rencontre, toujours plus surréaliste ! Se rabibocher avec Woody, Paris réussi.

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Détective Dee

Mysterarts

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Mysterarts

Envie de laisser les côtes Hollywoodiennes et de prendre le large ? Traversez l’Océan Pacifique, vous voilà arrivé en Chine. Préparez votre kimono, nous sommes en l’an 690 et un 武俠片 ou film de sabres, va prendre place…

En réalité, il y a aussi un peu de sang British dans Détective Dee : Le mystère de la flamme fantôme. Derrière son titre aussi kitsch que long, se cache l’étonnant mélange d’un savoir faire virevoltant venu de l’Empire Céleste et d’une logique rationnelle qui nous rappelle ce bon vieux Sherlock.

Le Juge Dee (rien à voir avec nos juges à nous, soit dit en passant… Quoi qu’il y ait ressemblance vestimentaire !) est libéré de la prison où la future impératrice Wu l’y avait jeté pour trahison (ces personnages ont vraiment existé !). Seul son étonnant esprit de détection serait à même de résoudre le mystère de la flamme fantôme, qui consiste en gros à la combustion spontanée de personnes n’ayant rien demandé. S’en suit alors une enquête qui nous baladera dans à peu près tous les recoins de Chang-An.

Mention spéciale aux décors du film, réalisés avec soin, qui renferment chacun leurs atmosphères uniques. Il y en a pour tous les goûts : du palais de l’impératrice au temple magique d’un mystérieux prêtre, de la forêt piégée aux grottes inondées, des marchés bruyants aux calmes jardins d’une résidence d’été : tout y passe pour notre grand bonheur.

Mais que serait un film de sabres sans combats ? Ces lieux sont bien souvent l’occasion de s’envoyer en l’air, comme le veut la tradition. Les personnages sautent en tous sens, dans des cascades improbables, et on en redemande. On apprécie les plans stables qui permettent pour une fois d’y voir quelque chose (Hollywood nous habituant bien trop à cette horrible « shaky cam », « pour faire plus vrai »). On regrette cependant que le réalisateur (Tsui Hark), ait un peu trop appris de son périple américain et nous revienne avec des plans parfois trop entrecoupés.

S’inspirant de nos romans policiers occidentaux, l’histoire préfère se concentrer sur quelques protagonistes restreints pour nous laisser la possibilité de les connaître, de les comprendre et de les confondre. Le suspense quant au dénouement de l’enquête nous tient ainsi pendant tout le film.

La manière de jouer, un peu ampoulée pour certains, des acteurs ne choque pas : le genre du film veut ça. Les trois protagonistes principaux sont même très bons : le sage détective, combattant avec l’aplomb de sa masse, symbole de justice, l’albinos enragé et sa double hache, et la belle et redoutable guerrière au fouet, forment un trio percutant.

On pourra regretter des effets spéciaux un peu datés, qui confèrent au film une patine cependant pas désagréable (si les effets enflammés à tout bout de champ et les décors peints ne vous dérangent pas !). Toujours est-il que le résultat vaut le détour. Le mélange des genres fonctionne, les touches de magie et d’improbable, jamais ne dérangent, et même la peu attendue psychologie des personnages aux rapports complexes est crédible.

Alors, qu’attendez-vous ? Vous n’avez qu’une porte à pousser pour vous retrouver instantanément dans cette mystérieuse contrée et résoudre cette intrigante affaire. Et ça, c’est de la magie, non ?

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Tomboy

Rofraitryat

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Avec Tomboy, Céline Sciamma nous livre un nouveau film sur la jeunesse après « Naissance des pieuvres » en 2007. Tomboy, garçon manqué, évite ainsi la caricature et les raccourcis en misant sur la finesse et l’esthétisme déconcertant d’une prouesse de très jeunes acteurs.

Nouvel appartement, nouveau quartier, nouvelle bande de copains au milieu des vacances d’été. Tout est propice pour se construire une nouvelle identité, l’identité tant désirée. Premier contact avec cette nouvelle vie, comme un déclencheur : « c’est toi le nouveau ? Tu t’appelles comment ? », « Michaël ». Ça y’est, elle ne peut plus reculer. Laure, 10 ans à peine, sera un garçon, au moins aux yeux de toute la bande. Commence alors toutes les péripéties autour de ce jeu d’une petite fille imitant les garçons. Cheveux courts et blonds, yeux bleus, bermuda et marcel gris, c’est parti. Jouer au foot, cracher par terre, embrasser une fille, se battre… Laure ne recule devant rien, elle veut tout faire comme eux, avec eux. Mais combien de temps la supercherie va pouvoir continuer ? Combien de temps avant la rentrée des classes et la révélation de la vraie identité, ou un contact avec les parents ? On croit à plusieurs moments que la vérité va être dévoilée, que Michaël, ce personnage inventé ne va plus être crédible. L’illusion va pourtant perdurer un bon moment, étendu par la malice de Laure et le soutien de sa petite soeur, pourtant physiquement opposée à celle ci.

La réalisatrice décrit ainsi, avec une justesse folle, les questionnements sur l’identité, à l’âge où les garçons et les filles jouent séparés. L’intelligence de ces enfants quand il s’agit de mentir, mentir pour pouvoir être plus proche de sa réalité. Pari risqué de miser tout sur eux, sur leur jeu d’acteur à propos d’un thème subtile et non sur un scénario très fourni. Mais pari relevé et réussi.
On reste tout le long du film dans ce quartier, à l’appartement où les deux soeurs semblent être l’exact opposé l’une de l’autre, ou dans la cour, où Laure et ses copains forment une osmose parfaite, pour un temps.

Mais le plus beau, le plus impressionnant reste, de loin, le jeu de ces acteurs hauts comme trois pommes. Sûrement excellemment bien guidés par la réalisatrice, Laure (Zoé Héran) est d’une troublante justesse. Comment, à cet âge là, peut-on être aussi juste ? Sans jamais tomber dans la caricature d’une fille au look de mec et aux traits masculins, Zoé Héran est crédible dans un rôle de garçon à qui les robes portées semblent être des déguisements. Sa petite soeur, Malonn Lévana, aux long cheveux et aux robes roses, devient rapidement une alliée fidèle de sa grande soeur ou de son grand frère selon l’entourage. Elle aussi étonnante de vérité. Toute la bande de petits camarades, débordante d’énergie, va se montrer souvent tendre et enjouée dans l’intégration d’un nouveau copain, et parfois cruelle face à la différence.

Un film beau, juste, et dont la jeune interprétation ne manquera pas d’impressionner.

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True Grit

Rofraitryat

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Les frères Coen sont de retour et s’attaquent au Western en adaptant au cinéma True Grit, un livre de Charles Portis (déjà adapté, en 1969 et révélant John Wayne). Mais pour s’attaquer à un nouveau style, les réalisateurs ont fait appel à Jeff Bridges, 13 ans après le mémorable Big Lebowski…

On est donc transporté dans le Far West américain, en 1870. La chaleur, la poussière du sable et la fumée des trains posent le décor sec des Westerns. On découvre, Mattie Ross (Hailee Steinfeld), 14 ans et un caractère déjà bien aiguisé. Sûre d’elle et avec la volonté inébranlable de venger son père tué par un certain Chaney, elle part à la recherche d’un chasseur de prime, un vrai Marshal, capable de ramener, mort ou vif, l’assassin. La jeune fille, frappe (avec insistance) à toutes les portes pour trouver son homme, marchande sans relâche pour rassembler une prime assez importante, et finit par voir Rooster Cogburn (Jeff Bridges) dans un procès où ses détracteurs condamnent sa gâchette un peu facile. Ce sera lui. Même vieillissant et alcoolique, il semble avoir l’expérience et le caractère recherché. C’est après d’âpres négociations, et la découverte qu’un autre Marshal (Matt Damon dit LaBoeuf) est déjà sur la piste de Chaney, que la chevauchée en territoire indien commence.

Pour Mattie Ross, rien ne lui fait peur, telle Calamity Jane elle sait se faire respecter et ne semble pas en retrait pour ce qui est du courage ou de la force de persuasion des deux autres compagnons de route. Contraste ultime entre la jeunesse fougueuse de la fille et le vieux, lourd et alcoolique Rooster Cogburn. Malgré (ou grâce) à cela, les deux vont se montrer d’une grande solidarité mutuelle, Rooster racontant sa vie, ses femmes, ses aventures à Mattie. Une véritable force et volonté se dégagent de la jeune actrice d’à peine 15 ans !

Rooster Cogburn, malgré plusieurs primes gagnées au prix de nombreux morts, ne roule pas sur l’or à cause de ses dépenses en Whisky. On retrouve la nonchalance du « Dude » avec un petit coup de vieux en plus. Mais l’expérience en fait encore un as du colt ! A la fois protecteur avec la petite fille, il peut se montrer sûr de lui et ne pas supporter qu’on le mette au défi (bon d’accord, le taux d’alcoolémie multiplie son envie de montrer à tout le monde qui est le chef et qui maîtrise son arme).

Enfin le troisième membre de cette chevauchée, LaBoeuf (joué par un Matt Damon en très grande forme) est un Texas Ranger sûr de lui, qui se vante d’avoir tout vécu et tout combattu mais qui est très rapidement remis en place par l’insolence de la petite fille et la véritable expérience du vieux Marshal. Mais quand ceux-ci se donnent la réplique, Matt Damon, dans une auto-dérision déguisée en fierté impertinente, est véritablement à mourir de rire. Son look, sa démarche, ses mots, rien n’est crédible malgré sa volonté de sérieux, je lui concède ainsi volontiers la palme (l’oscar ?) de l’humour dans un personnage très « frères Coen touch ». Vexé du manque de respect de ses camarades, l’épopée se fera au gré de disputes, de départs et de retrouvailles, tous plus maladroits et hilarants les uns que les autres.

Durant cette longue fresque du Far West Américain, les trois compères aux caractères bien trempés vont croiser des personnages dont seuls les frères Coen ont le secret ; hallucinants, inattendus voir incompréhensibles, ces petites perles animent le film d’un souffle de dérision entre un croque mort accueillant, un médecin en peau d’ours et un imitateur de cris d’animaux, on se retrouve tout aussi surpris que Rooster Cogburn.

En bref, un western qui sort du lot par les trouvailles des frères Cohen et la performance d’acteurs tout en dérision avec leurs personnages.

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Black Swan

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Rofraitryat

Après The Wrestler et surtout le dérangeant Requiem for a Dream, Darren Aronofsky fait son retour dans un thriller sur les rivalités au sein du ballet du Lac des Cygnes. Entouré de Natalie Portman, Vincent Cassel, et Mila Kunis, il veut nous transporter, parfois à la limite du fantastique, dans l’envers des fascinantes étoiles de la danse classique.

Se mêlent alors le travail acharné, les douleurs physiques, le stress, et la compétition permanente pour atteindre un idéal, proche de la destruction.
Ce film rempli de passion, entre amour de la danse et danse de la mort, nous fait dévier constamment du white swan beau dans la technique au black swan renversant dans ses dérives.

Dans ce film froid, parfois proche du noir et blanc, je vous laisse deviner quelle sera la seule touche de rouge… L’ ensemble alors sublimé par le fameux Swan Lake de Tchaïkovsky qui vous trottera dans la tête un bon moment.

Le réalisateur, encore une fois, ne nous épargne pas, on est sous tension du début à la fin, il nous perd dans les propres hallucinations de Nina et nous fait partager son angoisse et ses peurs.

Vincent Cassel, dans la grâce de danseur de son père et dans le regard sombre et inquiétant, nous transporte dans le monde exigeant de la passion pour le ballet… et les danseuses. L’ambiguïté entre ces différents amours est alors cultivée dans la noirceur du métrage. Quelques mots en français sont parfois lâchés quand la colère brise la barrière de la langue de ce chorégraphe français exilé à New York.

Nina (Natalie Portman), transforme peu à peu l’accumulation de travail et de pression en une schizophrénie maladive, passant du white au black swan, son rôle semble nécessiter cette double personnalité mais l’impose aussi à la vie complète de la danseuse. De nombreux jeux avec les miroirs et leurs reflets illustrent l’emprise du rôle sur Nina qui perd alors le contrôle de ses propres mouvements.

Faut-il alors se laisser submerger par le côté maléfique du black swan pour atteindre la perfection du rôle aux yeux du public, au risque d’y laisser quelques plumes…? La montée vers le summum de la prestation peut alors se transformer en descente aux enfers pour l’artiste.

Quand la perfection physique rencontre la torture psychologique, Black Swan devient alors autant fascinant que perturbant.

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Le discours d’un roi

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Rofraitryat

Ce film raconte l’histoire, souvent méconnue, du Roi d’Angleterre Georges VI, qui régna sur l’immense empire anglais (représentant jusqu’à un quart de la population mondiale) de 1936 à 1952. Il traversa donc la deuxième guerre mondiale, fut le dernier empereur des Indes (jusqu’à leur indépendance en 1947) et le premier chef de l’actuel Commonwealth. Second fils du roi George V, il n’aurait donc pas dû accéder au trône mais l’abdication de son frère aîné Edouard VIII, en décida autrement, et ce, malgré un terrible handicap de Georges VI, son bégaiement.
C’est donc une plongée dans les années qui précédèrent et qui suivirent son accession au trône que le film tente, en se concentrant principalement sur son défaut de langage, de décrire. Mêlant secrets familiaux, images historiques, personnages bien connus du monde d’aujourd’hui (W. Churchill, la reine Elizabeth II durant ses premières années…), romance, tragédie et humour, le film prend des risques en voulant assembler tant de pièces, mais réalise, à la vue du nombre d’étoiles, un puzzle de haut niveau.

Après avoir essayé tous les experts de la cour en matière de problème d’élocution, Georges VI (qui s’appelle encore Albert, ou Berthie pour les intimes), avec l’aide de sa femme (Helena Bonham Carter) va commencer des séances chez un praticien non reconnu et aux méthodes du moins bien éloignées des orthophonistes anoblis. Ce sera donc par des exercices déconcertants mais efficaces, que le futur roi va tenter de se débarrasser de cet handicap avec l’aide de Logue (l’excellentissime et déjà récompensé Geoffrey Rush). Les séances dans le cabinet, loin des fastes du château royal, sont de véritables bijoux d’interprétation, qui nous font passer des très sérieuses et officielles fonctions royales à de véritables moments de délires jubilatoires et extrêmement drôles. De ces moments vont naître des périodes de doute, d’énervement, et aussi d’amitié entre les deux protagonistes.
Les relations conflictuelles entre Georges VI (Colin Firth, en bonne voie pour l’oscarisation) et son frère (Guy Pearce), ajoutent la touche tragiquo-familiale au film et permet d’en savoir plus sur les raisons qui poussèrent ce dernier à abdiquer, une première dans l’histoire du Royaume Uni. Guy Pearce (Memento, Démineurs…) incarne à merveille l’éloquence et la démagogie du personnage, ainsi que son penchant, non pas pour les responsabilités mais bien pour une vie douce et loin d’un conflit engagé par Hitler.
La caméra se rapproche au plus près de Logue et de son patient hors du commun, on scrute leur visage et la moindre expression de celui-ci peut nous faire passer du rire à la tension maladive face à un micro. Les jeux de plongée et contre plongée semblent maîtrisés, donnant de l’envergure ou au contraire affaiblissant les personnages. On se sent tour à tour puissant et tout petit face à la foule en attente.
Ainsi, tout comme Georges VI, on ressent la pression dès qu’il s’approche d’un micro, sensation très bien retranscrite, on croirait entendre le coeur du roi battre (qui n’est en faite que le nôtre qui s’emballe réellement !).
Le style est soigné, très anglais, vaporeux dans la brume des parcs, chic dans les dorures royales et les hauts chapeaux, et fin dans l’humour.
À voir bien évidemment en V.O. (pour ceux qui auraient l’idée d’aller voir ce film en VF alors que la camera se situe à 5 cm de la bouche de l’interlocuteur et qui tient une partie son intérêt dans la diction, les exercices d’orthophonie et autre tongue tied… Les doubleurs ont du s’amuser !), d’autant que la merveilleuse plongée en Angleterre ne serait rien sans cette touche So british’ !

En mêlant des interprètes excellents qui nous font passer du sérieux royal aux délires privés à un enseignement de vérités historiques, Tom Hooper nous transporte, sans aucune hésitation.

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Arrietty le petit monde des chapardeurs

Arrietty le petit monde des chapardeurs
Mysterarts

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Mysterarts

La rentrée, les partiels, les impôts, le froid, il n’y a pas dire, le début de chaque année n’est pas fantastique. Ce n’est pas pour rien que le réveillon a été inventé, pour tenter de mettre un peu de joie et d’énergie dans le cycle sans fin du temps. Oui mais voilà, ça ne suffit pas. Il faut régulièrement remonter le ressort, recharger ses batteries. Et pour cela, il y a des oeuvres comme Arrietty.

Cette simple introduction devrait vous suffire à filer voir le dernier film d’animation du Studio Ghibli. Mais comme j’en vois certains qui ne me font pas assez confiance pour cela, je vais détailler un peu, ça me fait plaisir.


Arrietty est petite, vraiment petite. Pas plus de 10 centimètres, mais un caractère bien trempé, comme souvent dans les films de Miyazaki (scénariste et maître du jeune réalisateur, Yonebayashi). Elle vit avec ses parents, sous le plancher d’une maison au magnifique jardin, dans la banlieue de Tokyo. Ils sont bien installés : au fil du temps, leur repère s’est transformé en un charmant logis, décoré de quelques éléments empruntés par-ci par là chez leurs hôtes, les humains de notre taille. Car leur principale activité et moyen de subsistance est la « chaparde ». Malgré leur peur chronique d’être repérés par plus grand qu’eux, ils se rendent régulièrement dans les pièces de la maison qui les abrite pour s’approvisionner en sucre ou en mouchoirs.


Si l’on ne compte pas une légende dormant profondément dans la tête de la propriétaire des lieux, les grands et les petits humains vivaient sans se connaître, et c’était pas mal ainsi. Bien entendu ce serait trop facile, et l’arrivée du jeune Sho venu se reposer chez sa grand mère avant une grave opération du coeur, bouscula les habitudes d’Arrietty.

Le scénario peut paraître simple, à la première lecture. Parfait pour les enfants qui iront le voir. Mais au pays du soleil levant, les films d’animations ne sont pas faits uniquement pour eux, et l’histoire s’avère plus riche qu’elle n’y parait. On évite certains écueils manichéens, on peut lire entre les lignes et y trouver quelques messages bien amenés.


Pourtant certains spectateurs trouveront qu’il n’y a pas assez à manger de ce côté là. Quand bien même ! La force de ce film réside pour moi ailleurs. Ou plutôt simplement, sous nos pieds. J’ai été émerveillé par le micro-monde peint par Yonebayashi. Le jardin luxuriant d’abord, dont le soleil fait briller les fleurs, et réchauffe nos petits coeurs endoloris par l’hiver. Et cette mini maison fait de bric et de brac, esthétique dans le bazar, ingénieuse dans son organisation, et surtout un parfait stimulant à l’imagination et la rêverie. Le genre de lieu qui vous prend par la main, vous porte, vous entraîne dans un songe agréable, les yeux grands ouverts, affamés.

Alors pour ceux qui n’étaient pas convaincus après mon introduction, j’espère que ce dernier paragraphe aura fini de vous convaincre. Toujours pas ? Je résume alors, car je m’en voudrais que vous n’y alliez pas. Arrietty Le Petit Monde Des Chapardeurs, c’est une jolie histoire émouvante, qui nous parle des différences, de tolérance, d’amours compliqués ou encore d’écologie. C’est aussi l’occasion de se laisser envouter par une bande originale réussie, et française avec ça ! Mais c’est surtout la chance de plonger dans un univers merveilleux où 2 gouttes suffisent à remplir une tasse de thé, mignon et poétique (le mot prend vraiment son sens ici) et qui permet d’expérimenter une vie parallèle étonnante. Un petit monde, pour un long titre et un grand film.

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