




L’avis de Rofraitryat
Après « Omar m’a tuer » il y a quelques mois, « Présumé Coupable » semble reprendre en nombreux points la recette du film. Une histoire vraie, très médiatisée, des Hommes accusés à tort, et surtout la mise en lumière des travers de la justice. Dans les deux films, l’acteur principal semble s’être livré à une véritable performance physique (les fameux 27 kilos perdus par Torreton) et mentale (la dépression qui suit le film, les rencontres avec les véritables protagonistes…).
Les deux films ont été fait avec l’aval des premiers concernés, qui se réservaient un droit d’abandon total du métrage. Plus qu’un accord, ils ont aidé les acteurs à leur ressembler et les similitudes sont toujours assez bluffantes. On est alors tout de suite emporté dans chacune des histoires, sans décrocher jusqu’au générique final. L’émotion est parfois vive pendant le film, tant la reconstitution des destins brisés colle à la réalité.
Ces films sont aussi issus d’une véritable envie des réalisateurs de montrer, au delà des histoires personnelles qui se déroulent à l’intérieur, une partie de la réalité judiciaire. Beaucoup de questions se posent à la lumière de ces films. Comment un système judiciaire d’un pays vantant la démocratie peut il faire de telles erreurs, qu’elles soient volontaires ou non ?
Mais au delà des questions posés au sein du film, se dévoilent vite, pour nous, spectateurs, des questions sur ces films. Quelle légitimité et compétence, les réalisateurs détiennent ils pour dresser un portrait aussi sévère de la justice ? Comme lors de ces histoires où la justice n’a enquêté et plaidé qu’à charge, les films ne répètent-ils pas l’erreur d’un réquisitoire subjectif, partiel et entièrement orienté contre le système judiciaire ? Bien sûr ,les métrages expriment un point de vue particulier, mais il est tellement fort, paraît d’un coup tellement évident qu’il mériterait plus de recul. On est pris et captivé dans l’histoire, celle que l’on a longtemps entendu « dans la réalité », dans les journaux, et on nous montre la version que l’on attend. Il ne faudrait pourtant pas s’arrêter à l’affaire, ni au juge, mais approfondir; approfondir pour prendre du recul, pour tenter d’expliquer les erreurs que tout un système a faites. Les films, bien sûr, s’arrêtent sur des personnalités, et on ne peut pas leur reprocher de se limiter aux premiers protagonistes tellement le fil à remonter serait long pour tenter de dénouer les raisons des fiascos de tel ampleur. Alors, même si ils sont partiels et bien obligés de se formater pour d’abord captiver le public, ces films ont une force incroyable. La force de nous mettre en colère, de nous indigner, de nous donner envie de changer les choses, ou au moins de les faire avancer dans un meilleur sens. C’est voulu, Vincent Garenq le répète « Je ne veux pas que Présumé Coupable émeuve, je veux qu’il mette en colère ».
Après être arrivé à mobiliser l’opinion publique sur les déviances de la justice à grands coups de drames hélas bien réalistes, l’heure a sonné de réclamer un documentaire pouvant approfondir ce que ces deux films esquissent et critiquent, le système judiciaire français. Enfin, comme une suite logique à l’indignation provoqué par ces films, il nous faut nous donner les moyens de l’engagement, de l’approfondissement, de la réflexion par le recul et enfin, de l’action. Car la vraie finalité de films comme ceux-ci, c’est le changement de ce qu’ils critiquent tant.


















