L’art d’aimer





L’avis de Typicmint
Ceci est le premier avis de Typicmint, nouveau rédacteur des FLDP !
Il y a toujours une première fois. Celle où l’on tombe amoureux d’abord et où l’on embrasse après, celle où l’on tombe assis sur un siège à bascule avant d’embrasser un film d’Emmanuel Mouret, le premier pour ma partie. C’est à cette première projection, une vraie avant-première, que les premières notes de musique, légères comme un premier amour, donnaient le ton de ce qui devrait enchanter chacun devant un tel événement : tomber amoureux et entendre la petite musique intime, la nôtre. L’idée est simple, originale, un premier enchantement, et nous présente l’art d’aimer comme une peinture vivante avec ses multiples scénarios du thème universel : aimer. Pas de psychologie, pas d’analyse de premier niveau, non, juste les choses telles qu’elles sont. Nous allons donc suivre la première vague délicate de la marée que chacun va découvrir à sa façon. D’un quinquagénaire surpris de l’irruption dans son appartement d’une jeune fille gauche en dessous rouge – Frédérique Bel – qui de chaque mot de François Cluzet prend le contre pied pour mieux repousser chaque avance et le laisser s’empêtrer dans ses réponses bancales, on navigue entre chacune de leurs entrevues à travers des couples qui entendent la musique au dehors, aux liens qui se distendent, qui échappent de peu au pire, quand la musique change de ton avant de reprendre le ton majeur, avant l’adultère ravageur consenti, quand chacun cherche la vérité de l’autre au moment de se brosser les dents et que l’ultime spectacle de sa lâcheté ravive le désir amoureux, celui du premier élan. Pour d’autres, c’est le courage de prendre le risque de tout perdre qui ravivera la flamme. Et c’est beau.
Ce que nous dit aussi Emmanuel Mouret, c’est que la première fois, c’est aussi s’embrasser d’abord puis tomber amoureux bien plus tard. Et là, on se délecte du jeu à trois de Julie Depardieu, Laurent Stocker, Judith Godrèche, un jeu en aveugle dans une chambre d’hôtel d’un couple, de la première à la dernière rencontre cruciale. C’est un jeu de lumière où le noir est aussi une couleur, c’est un jeu où la mise en scène excelle avec des acteurs d’une justesse millimétrée et des dialogues ciselés. Même les blancs sont remarquables.
On en attendait pas moins d’Emmanuel Mouret avec un tel titre, l’art d’aimer n’est pas une leçon de choses mais bien une palette de couleurs. Et son art est de nous montrer la coloration du ré-amour sans désamour à toute étape possible de la vie. En cela, on est proche du « peindre ou faire l’amour » des frères Larrieu où tout doit un jour se ré-apprendre sans désapprendre, que l’âge n’a rien à voir là-dedans (baste, je me rapproche du quinqua, je soigne ma droite !), que tout est délicatesse. Mais Mouret garde en plus la touche légère qui est la sienne, optimiste sans jamais être désabusé. Et hormis les trois premières minutes passées avec un musicien qui va mourir sans connaître le petit air de l’amour si ce n’est quelques notes, les quatre vingt minutes restantes nous ravissent, et nous sommes avec eux, les personnages, on les aime, on les pousse à avancer, à s’aimer. On en redemande.
Et que ça chante chaque jour dans vos oreilles.
Sortie nationale le 23 novembre 2011.
















Un vrai plaisir d’accueillir de nouveaux rédacteurs sur les frères lampe de poche, dont la qualité d’écriture apporte un souffle nouveau aux critiques ciné du site :)
Une autre, une autre !