




L’avis de Rofraitryat
Ce film raconte l’histoire, souvent méconnue, du Roi d’Angleterre Georges VI, qui régna sur l’immense empire anglais (représentant jusqu’à un quart de la population mondiale) de 1936 à 1952. Il traversa donc la deuxième guerre mondiale, fut le dernier empereur des Indes (jusqu’à leur indépendance en 1947) et le premier chef de l’actuel Commonwealth. Second fils du roi George V, il n’aurait donc pas dû accéder au trône mais l’abdication de son frère aîné Edouard VIII, en décida autrement, et ce, malgré un terrible handicap de Georges VI, son bégaiement.
C’est donc une plongée dans les années qui précédèrent et qui suivirent son accession au trône que le film tente, en se concentrant principalement sur son défaut de langage, de décrire. Mêlant secrets familiaux, images historiques, personnages bien connus du monde d’aujourd’hui (W. Churchill, la reine Elizabeth II durant ses premières années…), romance, tragédie et humour, le film prend des risques en voulant assembler tant de pièces, mais réalise, à la vue du nombre d’étoiles, un puzzle de haut niveau.
Après avoir essayé tous les experts de la cour en matière de problème d’élocution, Georges VI (qui s’appelle encore Albert, ou Berthie pour les intimes), avec l’aide de sa femme (Helena Bonham Carter) va commencer des séances chez un praticien non reconnu et aux méthodes du moins bien éloignées des orthophonistes anoblis. Ce sera donc par des exercices déconcertants mais efficaces, que le futur roi va tenter de se débarrasser de cet handicap avec l’aide de Logue (l’excellentissime et déjà récompensé Geoffrey Rush). Les séances dans le cabinet, loin des fastes du château royal, sont de véritables bijoux d’interprétation, qui nous font passer des très sérieuses et officielles fonctions royales à de véritables moments de délires jubilatoires et extrêmement drôles. De ces moments vont naître des périodes de doute, d’énervement, et aussi d’amitié entre les deux protagonistes.
Les relations conflictuelles entre Georges VI (Colin Firth, en bonne voie pour l’oscarisation) et son frère (Guy Pearce), ajoutent la touche tragiquo-familiale au film et permet d’en savoir plus sur les raisons qui poussèrent ce dernier à abdiquer, une première dans l’histoire du Royaume Uni. Guy Pearce (Memento, Démineurs…) incarne à merveille l’éloquence et la démagogie du personnage, ainsi que son penchant, non pas pour les responsabilités mais bien pour une vie douce et loin d’un conflit engagé par Hitler.
La caméra se rapproche au plus près de Logue et de son patient hors du commun, on scrute leur visage et la moindre expression de celui-ci peut nous faire passer du rire à la tension maladive face à un micro. Les jeux de plongée et contre plongée semblent maîtrisés, donnant de l’envergure ou au contraire affaiblissant les personnages. On se sent tour à tour puissant et tout petit face à la foule en attente.
Ainsi, tout comme Georges VI, on ressent la pression dès qu’il s’approche d’un micro, sensation très bien retranscrite, on croirait entendre le coeur du roi battre (qui n’est en faite que le nôtre qui s’emballe réellement !).
Le style est soigné, très anglais, vaporeux dans la brume des parcs, chic dans les dorures royales et les hauts chapeaux, et fin dans l’humour.
À voir bien évidemment en V.O. (pour ceux qui auraient l’idée d’aller voir ce film en VF alors que la camera se situe à 5 cm de la bouche de l’interlocuteur et qui tient une partie son intérêt dans la diction, les exercices d’orthophonie et autre tongue tied… Les doubleurs ont du s’amuser !), d’autant que la merveilleuse plongée en Angleterre ne serait rien sans cette touche So british’ !
En mêlant des interprètes excellents qui nous font passer du sérieux royal aux délires privés à un enseignement de vérités historiques, Tom Hooper nous transporte, sans aucune hésitation.
















Humain.
Tout simplement.
Magnifique! Que dire de plus!
Si, je confirme juste que aller le voir en vfr doit être une erreur monumentale! Et dire que y’a des gens dans mon entourage qui me soutienne l’inverse… faudrais que je pense à changer d’entourage moi!
« Humain. Tout simplement ». Oui, c’est exactement ça !
Je suis de plus tout à fait d’accord avec la critique de Rofraitryat donc tout comme Arno, je n’ai plus qu’à dire : « Que dire de plus ! ».
Ce film a réussi à capter une fragilité avec tant de justesse, et nous promène ensuite pendant 2h qui passent à toutes vitesses, dans un dédale psycho-moto-socio-psychologique très prenant.
On est accroché aux lèvres du roi, on ressent son blocage, on force avec lui pour essayer de lui faire « cracher » ces mots qui ne viennent pas. Alors forcément, quand le bégaiement diminue, on ressent pleinement la libération du personnage.
Ou comment partir d’un fait historique, et en faire un conte passionnant.
Très bonne critique (comme toujours !), et très bon film, une vraie leçon de cinéma.