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Les neiges du Kilimandjaro

Typicmint

e_ee_ee_ee_ee_dL’avis de Typicmint

Michel (Jean Pierre Daroussin) syndicaliste militant perd son travail en se sacrifiant pour un autre, Marie-Claire (Ariane Ascaride) aide à domicile une personne âgée. Malgré les aléas, ils sont heureux de leur vie avec enfants, petits enfants et amis présents pour leur fête de mariage. Et la vie est là, simple et tranquille, rien ne change. Et c’est une atmosphère bon enfant, à la Pagnol, qui soudain se retourne : deux agresseurs surgissent, dérobant billets et cartes bancaires. On ne vole pourtant qu’aux riches. Tout a changé.

Robert Guédiguian renoue ici avec ses acteurs fétiches dans le cadre prolétaire de l’Estaque. Mais pas seulement, car il bouleverse tout, avec un don et un tour de manivelle expert : il fait voler en éclats les certitudes de chacun. Ses héros, proches de la retraite, d’un modèle social enviable, des pairs parmi les pairs, se font renverser (au propre comme au figuré) par ceux du même bord et qui leur renvoient leurs minables renoncements et leur petite bourgeoisie. C’est le temps qui passe, quand chacun a négocié avec la vie et a fait des concessions que de plus jeunes n’ont pas encore faites et
leur signifie amèrement. A l’évidence, une ravine plus profonde que les autres se creuse, et il y a donc des blessures de l’âme : nos héros dévoilent leurs faiblesses dans chaque confrontation, désirant comprendre là où leurs certitudes tombent, où les règles qui les relient aux autres changent.

Le film déstructure ce qui anime les gentils, les généreux. Leur statut social acquis dans la bataille prolétaire n’est plus reconnu par le monde dans lequel ils vivent. Mais c’est bien là la nécessaire expérience de la remise en question, du réapprentissage du monde avant de se relancer. Cette déconstruction qui nous est donnée à voir est aussi savoureusement composée par Robert Guédiguian qu’indispensable à la reconstruction ultime de notre couple : l’humilité retrouvée, la certitude d’un nouveau choix assumé.

Coté inspiration, là où le poème de Victor Hugo, Les Pauvres Gens, décrit l’âpre réalité d’une famille de marins, le maître transforme l’histoire en conte sans dénaturer le propos. Comment ? Par le contre-pied. Dans la vraie vie, il est aussi improbable qu’inutile de prendre soin du voleur et de sa famille qu’on a au préalable accusé : on ne peut accabler et avoir de la sollicitude sinon on s’y perd. Et là, le scénario prend le principe à rebrousse poil, un ressort génial pour basculer dans la fable en déclarant la bonté comme l’issue propre aux histoires des généreux. Cassez son jouet à un gentil, il le construit à nouveau, différent, pour continuer à jouer avec, voire vous le prêter. Il fallait oser.

Et il faut être Guédiguian pour s’autoriser et réussir ce double salto, pour nous y emmener en sautillant presque, et on tremble de toutes les hésitations, comme on tremble pour le tiramisu (va-t-il lui aussi chuté ?) de Marilyne Canto admirable en sœur effondrée. Ce film nous parle, le Kilimandjaro est loin, le contentement étant plus proche qu’on ne le croit.

Sortie nationale le 15 novembre 2011.

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Fiche Allociné

Une réponse to “Les neiges du Kilimandjaro”

  • Rofraitryat

    Je suis allé le voir hier soir, et… on est bien pendant ce film, vraiment on se sent bien, au milieu de cette famille et surtout de ce couple. Cette exceptionnelle bonté se confond avec une belle banalité de vie.
    Jean Pierre Daroussin et Ariane Ascaride jouent à la perfection leurs imperfections et leurs idéaux.
    C’est simple, ça pose de vrais questions sans nous imposer une réponse unilatérale, ça sonne juste.

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