Manuel de survie intellectuelle à l’usage des défenseurs de films de genre [1ère partie]


Les films de genre (et donc de séries B) sont souvent décriés par la multitude. Au mieux, la plupart les regardent avec un sourire presque paternaliste et ne soupçonnent pas ou négationnent les portées intellectuelles de ces métrages. Il est amusant de voir, finalement, que contrairement au passé et aux œuvres classiques Françaises par exemple, nos générations ne peuvent pas se rendre compte du mélange entre l’imaginaire et des notions plus sérieuses ou intelligentes.
Ce texte apportera aux défenseurs, non pas un prêt à penser, mais une voie simple et claire pour prouver aux condescendants et autres idiots, que l’art n’est pas de montrer la réalité comme elle est mais de passer hors des sentiers battus.
Divertissement contre Art?
En premier lieu, il est intéressant de parler de cette distinction de plus en plus tenue comme véridique aujourd’hui: Le divertissement est fait pour « amuser » et l’art est créé pour faire réfléchir.
On peut déjà, implicitement, y voir une sorte d’opposition entre l’émotion: divertir égal rire, avoir peur, être ému. Plus largement sortir nos problèmes de la tête et penser à autre chose et l’intellect qui correspond à son antagonisme. On ne s’évade pas. On reste avec notre réflexion et on suit le film et l’intrigue qui nous donne une substance pour examiner X problèmes par la suite.
Pourtant, sans parler de cinéma, le divertissement et la réflexion font partie d’une grande tradition Française. Molière ne se moquait pas juste d’Aragon et La Fontaine ne nous parlait pas que d’animaux qui savaient s’exprimer dans notre langue. Les pièces de Molière étaient drôles, misant beaucoup sur le comique de situation et de personnages, prompt à faire rire l’audience. L’art et son coté subversif est toujours passé par des chemins détournés. Beaucoup moins maintenant. Un artiste ne risque plus la décapitation pour ses moqueries contre le pouvoir. Ce chemin faisant, l’art s’est vu beaucoup moins ambigu et subtil dans sa démonstration. Ce qui a amené une séparation beaucoup plus ferme et voyante entre le divertissement et l’art.
L’imaginaire ou la mort de la réalité
Encore une fois, l’opposition entre ces deux notions est très récente, pourtant, depuis les premiers conteurs de l’humanité, l’imaginaire a toujours été un écho à la réalité la plus dure.
Un exemple très connu pour souligner ça: Hansel & Gretel
Un joli conte pour enfant que tout parent à dû raconter une fois à ses enfants. Pourtant, même si les frères Grimm en sont les principaux auteurs, ce genre d’histoires, avec quelques modifications, existait depuis longtemps.
Qu’en est-il de la signification implicite de ces deux gamins qui se retrouvent perdus dans la forêt?
A l’époque, les parents ne contaient pas ce récit pour endormir leur progéniture. Au contraire, c’était une mise en garde. La sorcière, les bonbons, la maison parfaite. Des notions qui rappellent et font encore existence à notre époque des ordres de nos parents quand nous étions petits: Ne suis pas un inconnu même si il t’offre des bonbons ou des jouets.
Le Loup ou la sorcière sont des personnalisations effrayantes et donc compréhensibles pour des enfants de pédophiles et de tueurs d’enfants.
L’imaginaire joue donc ici un rôle de prévention, d’initiation à la vie et de réflexion depuis des siècles.
Et le film de genre dans tout ça?
Après avoir lu ce qui est écrit au-dessus, il serait facile de contre-argumenter un idiot. Mais creusons un peu plus dans le cinéma en lui-même.
Donc le film de genre (horreur, Science-fiction, Action, etc, etc,) est un genre, au mieux pour divertir, au pire complètement idiot. C’est certain que si on avait que Michael Bay pour nous défendre, on serait bien embêté. Heureusement, je ne m’attaque qu’à un sujet où je suis sur de battre l’adversaire. En visant bien plus haut, même les noms de John McTiernan ou de James Cameron ne signifieraient rien pour l’adversaire (quoique pour Cameron, un petit sourire sardonique et une vanne sur Titanic… Ou Avatar). Alors visons plutôt sur le temps. Ce n’est pas un argument, mais il serait bizarre de dire que le film de genre est du sous-cinéma alors que Fritz Lang, Alfred Hitchcock, Akira Kurosawa, François Truffaut, Ingmar Bergman, Charlie Chaplin, Billy Wilder, Howard Hawks, Seijun Suzuki, F.W Murnau, Stanley Kubrick ou encore Jacques Tourneur (liste non exhaustive) en ont tous au moins un ou deux dans leur filmographie.
Alors peut-être que c’est une erreur que des réalisateurs définis comme génies et devenus des figures intemporelles du grand cinéma aient tourné et participé à ce sous cinéma. Nan parce que Métropolis, le septième sceau ou Shining ne sont pas des films majeurs dans leur carrière.
Malgré ça, le film de genre souffre toujours de la comparaison avec le « film d’auteur ». Mettons au point les choses tout de suite, malgré les définitions qui se battent en duel pour définir ce qu’est un film d’auteur, il ne peut pas porter cette appellation comme on pourrait dire un film d’ACTION ou une COMEDIE. Ce n’est pas un « genre » en lui même. Pourtant il désigne souvent des films très proches de la réalité. Un film d’Agnes Jaoui sera un film d’auteur. Un film de John McTiernan sera un film d’action, car comme je le dis plus haut, on ne veut pas mélanger Imaginaire, Divertissement et réflexion.
Et c’est peut-être ça toute la différence avec ceux qui se gargarisent de faire des films d’auteur et ceux qui, en toute humilité parlent de film de genre. Le film d’auteur dit en substance: Mon film est intelligent. Je l’ai écrit pour qu’il soit intelligent. Ça transpire d’intelligence.
Aucune subtilité, du m’as-tu-vu, de l’explicitement grossier qui surligne tout (ce qui rentre en contradiction avec le public qui est censé être visé. Si le public est intelligent, pas besoin de montrer en énorme l’intellectualisation des choses).
Alors qu’en général le réalisateur du film de genre, ne montre rien ou presque explicitement. Au spectateur de s’élever et de réfléchir, de remarquer. Une sorte de jeu intime entre lui et le créateur.
Vouloir montrer des choses sans les montrer directement et faire cogiter le spectateur. Quelle drôle d’idée venant d’un film avec des explosions ou des monstres.
Les réalisateurs, souvent Américains, ont beau jouer les innocents sur le fait qu’il est une partie implicite dans leurs métrages, il est quand même remarquable de voir que des névroses, des thématiques, des subversions reviennent sans cesse dans leurs œuvres, cachées derrières des grosses fusillades et des décapitations.
Dans le prochain chapitre nous analyserons quelques scènes de films de Genre de ces dernières années. Parce qu’il existe encore des artistes qui ne séparent pas tout avec des clôtures quand ils font de l’art.
Nous verrons aussi la portée négative et propagandiste de certains films des années Reagan et nous parlerons encore de l’imaginaire sous toutes ses coutures.















Je suis globalement d’accord pour dire que les films de genre ne sont pas tous niais, et que souvent, à l’image d’une fable de La Fontaine, ils invitent le spectateur à réfléchir.
Mais pourquoi en début d’article assimiler le film de genre aux films de série B ??
, or c’est ce qui définit le type « série B ».
Rambo, Shining … et beaucoup d’autres sont loin d’être des films à petit budget
Yan > Bah non, Yan, c’est ca le probleme, le film de serie B a la base c’est des films petits budgets (a la toute base même c’est des films qui reutilisaient les decors des grosses prod), mais quand ca touche le film de genre, on les dissocie pas. Tu prends Chroniques de Riddick. Ca a été défini comme une serie B alors qu’il avait 150M de budget.
Bon après ca change suivant l’epoque ou le réalisateur (Kubrick, on aurait jamais osé dire que Shining etait une serie B. David Towhy, vu qu’il est pas très connu, ca, pas de probleme).
Bonsoir
J’approuve totalement cet article et cette initiative =]. Je suis moi même très attaché au cinéma de genre, et je n’aime pas beaucoup les propos qu’on peut avoir à entendre à son encontre.
Surtout que, étant, comme beaucoup d’entre vous je suppose, un amateur des salles obscures, on va aussi au cinéma pour le spectacle qu’on a pas à la maison, Terminator, ça ne rend pas pareil au Pathé Bellecour en VO que dans mon salon. Il y a des films d’auteur qu’on peut apprécier chez sois, quelque soit la taille de l’écran et la qualité du son. Je me déplace plus facilement pour un film de genre.
J’attends les parties suivantes de cette chronique, que je suivrais je le pense avec attention =].
Nabu
@ Karibou : tu m’as appris qqchose : je ne savais pas que les films de genre étaient considérés comme des films de série B. C’est un amalgame insultant, surtout pour J. Nicholson
Bon,les gars,maintenant plus personne considere le cinéma de genre comme un sous produit…a part quelques étudiants en cinéma au gouts formatés,et quelques bobos etroits d’esprits…enfin article sympa quand meme.Puis t’es pas obligé de citer Hitchcock ,Kubrik,Hawks …(cinéastes que j’apprécie) pour justifier que le cinéma de genre est bien.
Perso,je te trouve plus de qualités purement cinématographiques avec Predator qu’avec les palmes d’or des 5 dernieres années.(Excepté celle de 2010 que je n’ai pas vu).
PS:Bonne photo pour illustrer l’article^^