



L’avis de Mysterarts
Polisse n’est pas un documentaire, Polisse n’est pas une fiction. Il vient se glisser juste entre les deux, comme pour nous mettre mal à l’aise, nous sentir le cul entre deux chaises. Regarder Polisse, c’est du voyeurisme sans en être, ne pas avoir été invité mais rire quand même, c’est s’infiltrer brutalement dans un monde troublant.
La forme du film est une chronique de vie de la Brigade de Protection de l’Enfance. Une série de scènes, montée avec énergie, qui nous présente tour à tour, des affaires à traiter (tirées des mois que passa la réalisatrice dans une vraie brigade) et des affaires internes : l’entente entre cette équipe et leurs vies privées, toutes deux difficiles à gérer.
Les histoires que traitent ces policiers sont gênantes, malsaines parfois : attouchements, viols, détournements de mineur, nous ne sommes pas là pour être épargnés. Belle prouesse, par ailleurs, que d’avoir su diriger ces jeunes acteurs, crédibles bien que finalement peu mis en avant. Un problème cependant, dont on ne se rend compte qu’une fois que le générique entame sa longue envolée : aucune conclusion ne nous est donnée pour chaque affaire rencontrée. On ne voit à chaque fois que l’interrogatoire, parfois une scène avant, ou une après. Et c’est tout. Bien sûr, cela permet au film de garder un rythme, et puis cela reflète ce que vivent les policiers, qui doivent passer aussitôt à un autre cas. Mais il faut admettre que l’on est peu habitué à ce que l’on nous présente un père incestueux, sans nous assurer qu’il finisse bien en prison.
Ceux que l’ont voient dans ce film, ce sont surtout ces flics, portant chacun il est vrai leur archétype comme un étendard, mais joués par des acteurs bien souvent très justes (exception faite de Karin Viard dont le ton me semble souvent faux). Je dois dire qu’à certains moments, je croyais être devant un reportage. Joeystarr par exemple, plus que crédible, dans un rôle certes à sa mesure (bourru, impulsif, grossier) mais bel et bien touchant.
Il y a peut-être des choses en trop dans ce film, comme cette histoire d’amour entre le personnage de la photographe venue capturée la BPE, représentant la réalisatrice, notre œil de spectateur et jouée par cette même Maïwenn, avec le flic campé par Joeystarr (couple dans la vie). Des plans qui s’attardent trop, qui semblent soudain insister pour nous montrer où laisser aller ses larmes, plombent aussi quelques scènes.
Mais on les oublie vite. Les deux heures de film filent, les histoires défilent, et on passe tantôt du lourd au léger, comme dans un manège à hautes sensations : on se met à rire sans raison, ou devant la déraison des situations, on s’exclame, on pouffe, on secoue la tête, on serre la mâchoire, on est prêt à se lever pour mettre à terre ce détraqué, on sourit, on n’a jamais le temps de souffler, on enchaîne : bref, on est pleinement dans cette brigade.




















Je suis d’accord.
Tout le film joue sur cette ambiguïté de l’entre deux. Entre fiction et documentaire, entre vie professionnelle et vie privée, entre jeu d’acteur et vrai caractère. Mais finalement on est pas mal assis le cul entre ces nombreuses chaises. On ne se sent pas mal, ni gêné ni déçu.
Une belle immersion, revigorante.
(Bon, c’est vrai, on aimerais que Karin Viard arrête de parler parfois… Et preuve de l’ambiguïté du film, Maïwenn et Joey Starr formait bien un couple sur l’écran et à la ville…Jusqu’à ce film ! Selon une interview d’elle dans le Monde, le mélange de la réalisation de son film, du boulot pour son rôle mais aussi la gestion du premier grand rôle de Joeystarr a fait éclater leur couple, dans la réalité cette fois ci…).
Là est toute la force du film, comme vous l’avez-dit : l’entre deux, mais qui ne nous dérange pas.
Et puis. On apprécie, pour une fois, voir un film « fleuve » et ne pas s’ennuyer une seule minute.
Très belle critique.
Bises à tous les deux. :)