Buried




L’avis de Mysterarts
Il fallait le faire ! Enfermer pendant plus de 90 minutes un acteur et tout un troupeau de spectateurs pris en otage, dans une boîte enterrée sous terre. On pense presque à ces numéros de prestidigitation où le magicien nous faisait frémir aux frontières de la mort, ne sachant pas s’il parviendrait à sortir du coffre hermétiquement fermé et englouti.
Sauf qu’ici, pas de paillettes, pas de collants, pas d’assistante sexy : on est en Irak. En effet, Paul Conroy, héros malheureux de Buried, est un simple camionneur américain venu gagner, en terrain hostile et à ses risques et périls, quelques sous pour sa famille. Un convoi tourne mal, et le voilà donc enterré vivant. Après les premiers instants de panique (bien compréhensible), il faut se ressaisir, comprendre où l’on est, faire l’inventaire de ce qui se trouve dans ce cercueil. Un briquet, un téléphone ? Il n’en faut pas plus à Rodrigo Cortés pour nous monter une histoire qui tient debout, et même égratigner l’Amérique au passage. Quand on peut, faut pas se priver.
Ça, pour faire dans le minimaliste, il le fait. Rendez-vous compte : un cercueil pour seul décor ! Dans le genre dispendieux, on fait mieux. Fort heureusement, le film regorge de trouvailles pour nous faire (presque) voyager, tout en restant enraciner dans la boite en bois. Pas un seul plan extérieur. Et ça fonctionne. Grâce à son téléphone, dont il faut tout de même économiser la batterie, Paul conserve un contact avec l’extérieur. Mais entre la police US à des miles d’ici, sa famille sur répondeur ou les agents sur place, bien embêtés, il a de quoi s’égosiller. Sans compter la présence bienveillante de ses ravisseurs, évidemment.
Car oui, Paul n’est pas tombé ici par hasard (ce genre de formule n’existe pas en agence de voyage). Et il faudra qu’il trouve lui-même un moyen de récupérer sa rançon, histoire de pouvoir respirer à l’air libre un jour. Et ce n’est pas une mince affaire, quand on ne peut même pas se gratter les orteils ! Sans compter bien sûr, sinon ce ne serait pas drôle, que le cercueil n’est ni solide, ni à l’épreuve du feu, ni ventilé. Quelques incohérences traînent ça et là, mais on est trop pris dans le film pour en être gêné.
L’image de ce film, qu’on aurait pu croire pauvre, est extraordinaire. Cortés a eu la bonne idée de fournir plusieurs sources de lumières de différentes couleurs à son héros (le bleu du téléphone, le jaune du briquet, et il y en a d’autres), qui permettent de varier les ambiances. Les plans sont eux aussi hétérogènes : tantôt coincé dans un coin de la boîte, tantôt magnifique gros plan sur une main, un visage. C’est l’occasion, un peu forcée certes, d’observer quelqu’un se démener sous toutes les coutures. Et comme ce n’est pas vraiment un cercueil deux places, on s’y sent un peu à l’étroit. J’ai bien cru un moment, que j’allais manquer d’air !
Buried fait partie de ces films « concepts » qui sont attendus, avec une certaine crainte néanmoins, que cette idée se retrouve bien seule soudain, sur une bande d’une heure et demie. Le genre de concept « casse-gueule », qui peut vite finir en navet. Comme en témoigne la jolie constellation au-dessus de cet article, Buried évite cet écueil, en proposant une vraie histoire, une critique de la gestion américaine de l’occupation Irakienne, de l’émotion, des rebondissements, un acteur plus que crédible et un serpent. Comme quoi, avec un peu de terre et une caisse en bois, on peut faire de grandes choses.


















