Les frères Lampe de Poche vous conseillent :

Carnage

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Rofraitryat

Cette fois ci Polanski nous enferme entre quatre murs dorés, dans un bel appartement de Manhattan dont on ne sortira pas indemne. Inspiré d’une pièce de théâtre, Polanski va en garder tous les codes, toutes ses limites physiques et temporelles propres à cet art pour nous les retranscrire dans le sien.

Notre passage dans ce petit monde va se faire aux cotés de Jodie Foster, Kate Winslet, Critstoph Watlz et John C. Reilly. On ne vas pas les lâcher, on va rester enfermé avec eux, impossible de sortir malgré les nombreuses tentatives, 1h20 en leur compagnie, découvrant petit à petit des traits de caractères, des vieilles rancoeurs, des points de vue divergents et d’innombrables différences. Cette rencontre nous met au même niveau qu’eux, ils ne se connaissent pas, vont apprendre à se découvrir et surtout à se détester, que le carnage commence !

Comme dans les pièces de théâtre, ce film est une vrai performance d’acteurs. Pour moi, aucun ne dénote dans sa qualité de jeu, tous sont aussi crédibles et insupportables. Mais, il est vrai que c’est avec l’espoir de retrouver le jeu d’acteur qu’on avait délecté dans Inglorious Basterds, que j’attendais avec impatience la prestation de Cristoph Waltz sous la direction d’un aussi talentueux metteur en scène. Et il ne pouvait être qu’à l’aise dans un rôle pareil. Hautain, avocat du diable, insupportablement over-booké, et cherchant toujours à imposer son point de vue. Presqu’aussi vicieux qu’en nazi, il arrive, en un sourire, un coup de téléphone ou une réflexion à ébranler tout le monde qui l’entoure, tout en restant, lui, presque toujours calme.

Les rapports de force ne cessent de se modifier. Attaque, contre attaque, esquive et coup dans le dos s’enchainent, montent en puissance jusqu’au carnage, au pétage de câble final. Dans cette véritable guerre psychologique, les alliances ne sont pas stables, les équipes se modifient tour à tour. Le classique couple contre couple éclate rapidement, les hommes contre les femmes, tous contre un, toutes les stratégies sont passées en revue, abandonnant pour quelques minutes les insultes passées, de nouvelles équipes se liguent contre les autres. Tout vol en éclat, dans ce huit clos, entre ces quatre murs que l’on ne dépasse jamais, la bienséance du début laisse place au chaos, fait resurgir de vieilles querelles, se croisent sourires faux culs, regards tueurs, phrases assassines, gestes furtifs, toujours entrecoupés des insupportables coups de téléphone d’Alan Cowan.

Ce désordre en forme de crescendo est loin d’être linéaire pour autant. Se rencontre alors une mise en scène contrôlée à la perfection, des acteurs de haute voltige et une instabilité croissante du scénario. Le tout formant un magnifique carnage qu’il nous reste plus qu’à savourer.

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