Les frères Lampe de Poche vous conseillent :

La folie Almayer

Typicmint

e_ee_ee_ee_ee_v L’avis de Typicmint

La folie Almayer est l’œuvre originale de Joseph Conrad de la toute fin du XIX° siècle mettant en scène un jeune négociant hollandais, marié sans amour pour exploiter des terres aurifères en dote. La ruine financière menace de jour en jour et il doit rapidement placer sa fille chérie dans un pensionnat loin de la maison familiale.

 

Pour cette adaptation, le parti pris de Chantal Akerman est de couper l’histoire du contexte original, colonialiste et empreint de culpabilité, pour ne s’attacher qu’au personnage de Kaspar Almayer, sa désespérance et sa lente dérive vers la folie. C’est une plongée dans les éléments naturels, l’éloignement et les tempêtes, qui renforcent le sentiment d’impuissance de cet homme à distribuer le bonheur à ceux qu’il aime. Ainsi, l’alchimie de la pellicule transforme l’œuvre originale en de splendides tableaux aussi photogéniques que picturaux. Techniquement, le récit se détache de la linéarité et de la vraisemblance : il se construit sur des discours en décalage avec l’image, sur des prises d’une fixité hallucinante. Les plans séquences sont appuyés, précis, voire d’une imperceptible mobilité (la première et la scène finale en sont sidérantes). Et le tout fonctionne, porté par un Stanilas Merhar inspiré, utilisant la moiteur de l’ambiance (le Cambodge pour le lieu de tournage) comme un accessoire, jouissant d’une grande liberté de jeu laissée par la cinéaste.

 

Cependant, là où l’action aurait pu facilement se situer dans les années cinquante ou soixante par les décors, la bande son, le contexte de la pension, les dialogues, la vision moderne de la ville déstabilise quelque peu, une sorte de grand écart trop abrupt. De plus, tendre l’oreille pour entendre les dialogues est un brin inconfortable.

 

Il reste cependant un plaisir immense et un film tendu, esthétique, maîtrisé. Il est des plans qui sont des natures mortes sombres où l’œil voit le mouvement dans la superposition de couches de peinture. Et il est aussi possible d’être surpris, y compris au vrai sens du terme, comme le spectateur à côté de moi sursautant et réagissant par la voix à une saute d’humeur d’Almayer. Chantal Akerman nous fait goûter à l’immensité impénétrable du décor pour nous y immerger avec plaisir et réussite. C’est du beau cinéma, sans aucun doute.

 

Sortie nationale le 25 janvier 2012.

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