Le Havre





L’avis de Typicmint
Marcel Marx est un cireur de chaussures qui manie la langue française comme son chiffon, d’une dextérité d’un autre temps. Son épouse Arletty l’attend pour son repas dans un intérieur désuet et minimaliste, mesurant chaque mot. Dans leur quartier, le bistrot, la boulangerie et l’épicerie sont aussi épiques que les havrais du cru ont des gueules touchantes d’anges déchus. Jusqu’à l’irruption d’un petit garçon immigré clandestin qui vient perturber la triangulation quotidienne et résignée de Marcel. Quand Arletty tombe malade, la rencontre entre Marcel et le garçon devient possible.
C’est une plongée dans une réalité qu’Aki Kaurismäki déforme à outrance pour mieux le révéler : un décor stylisé et coloré aux peintures rafraichies, des accessoires bichonnés, des références multiples et esthétiques (la scène bruyante du café est un hommage évident à Jacques Tati). Le fil d’Ariane, c’est le flic désabusé joué par Jean Pierre Daroussin qui fait avancer l’histoire par chapitre, et chaque entrevue avec Marcel (André Wilms, d’un jeu au cordeau) en est l’ouverture. Et c’est sans oublier Arletty (Kati Outinen, actrice fétiche d’Aki, celle d’une première rencontre avec « La fille aux allumettes ») à l’accent charmeur dans la langue de Molière qui détache définitivement l’action de toute réalité. La bonté et la solidarité sont un leitmotiv, sans mièvrerie, sans apitoiement, jusqu’à faire revivre dans le scénario le rocker 70′s Little Bob sur scène avec bonheur, et cette double perspective d’Aki (le scénario et la réalité d’avoir Little Bob au générique) est aussi la marque de sa propre générosité.
Le ton particulier du conte est donné : car il s’agit bien de cela, d’un conte. Tout y participe, rien n’est dramatique ni larmoyant, ni la maladie d’Arletty, ni les conditions de vie des immigrés. Tout peut y être dit, tout peut arriver, et tout est permis. Les grands naïfs servent la cause de l’histoire sans larme ni complaisance coupable. Aki Kaurismäki signe un manifeste de dignité avec l’humour distancié qu’on lui connait. Dixit Franck P. : Brillant !
Sortie nationale le 21 décembre 2011.















