Les frères Lampe de Poche vous conseillent :

The Artist

Rofraitryat

e_ee_ee_ee_ee_d L’avis de Rofraitryat

Ces deux là, Michel et Jean pour les intimes, nous avaient déjà enchanté deux fois. Ils avaient réussi presqu’un exploit en recréant de toute pièce un vrai film comique, déjanté, décalé, franc parlé et surtout léger. Faire rire, sans être lourd, mais faire rire avec des répliques cultes tout de même, après la réussite des OSS 117, la pression est grande pour ce couple de cinéma.

The Artist propose une véritable expérience cinématographique. Vous me direz, est-ce vraiment innovant de reprendre des techniques du passé ? Pourquoi pas se regarder un vieux Charlie Chaplin ? Je vous répondrais, oui mais non. The Artist, c’est un « traitement à l’ancienne » mais le reste, l’humour, la direction des acteurs, la dérision, tout ça est bien actuel et servi par ce couple qui fonctionne si bien, Hazanavicius – Dujardin. En les voyant en vrai, on sent qu’on ne s’est pas trompé sur l’alchimie qui existe entre les deux, l’audace d’un réalisateur qui assume de faire de l’humour mais qui refuse les lourdeurs, et un acteur qui maîtrise une gestuelle et des mimiques avec un rare talent, au point de nous faire rire, sans paroles, par un mouvement de sourcil, ou une partie de claquettes.

The Artist n’est pas seulement un film muet, c’est un film qui traite du muet au cinéma. Il traite des possibilités et méthodes permises par cette technique, il montre ses limites, l’angoisse du changement, la rupture vers le cinéma parlé. Il montre tout ça à la fois par la réalisation, l’excellent jeu de lumière, la place centrale des musiques et des vrais silences (tellement rares au cinéma !), mais aussi par la vie et les carrières des personnages qui se retrouvent en plein cœur du bouleversement des techniques cinématographiques.

Dujardin, Dujardin, prix d’interprétation, Dujardin, il n’y en a que pour lui. Sa partenaire (Bérénice Bejo), pourtant bien plus qu’un second rôle, doit-elle vraiment être éclipsée ? Pas facile de se frotter au roi de l’expression corporelle. Le rôle est taillé sur mesure pour Dujardin, et permet d’imposer dès le début du film son style unique, premiers pas de danse, premier sourire, première moquerie, le tour est joué, il nous a embarqué. Alors oui, il porte une bonne partie du capital comique, mais il faut dire que Berenice Bejo ne déçoit pas, loin d’être fade, elle s’approprie bien le style muet misant sur l’audace et l’inventivité.

En ayant poussé aussi loin l’extravagance de la forme, on aurait presque aimé un peu plus de folie dans le fond tout au long du film. Car oui, Dujardin est d’abord bon quand il va trop loin. Heureusement, la scène finale comble largement nos attentes, le trio Hanazavicius, Dujardin, Bejo, n’a décidément rien perdu de son talent, pourvu qu’il dure encore longtemps.

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