




L’avis de Rofraitryat
Avec Tomboy, Céline Sciamma nous livre un nouveau film sur la jeunesse après « Naissance des pieuvres » en 2007. Tomboy, garçon manqué, évite ainsi la caricature et les raccourcis en misant sur la finesse et l’esthétisme déconcertant d’une prouesse de très jeunes acteurs.
Nouvel appartement, nouveau quartier, nouvelle bande de copains au milieu des vacances d’été. Tout est propice pour se construire une nouvelle identité, l’identité tant désirée. Premier contact avec cette nouvelle vie, comme un déclencheur : « c’est toi le nouveau ? Tu t’appelles comment ? », « Michaël ». Ça y’est, elle ne peut plus reculer. Laure, 10 ans à peine, sera un garçon, au moins aux yeux de toute la bande. Commence alors toutes les péripéties autour de ce jeu d’une petite fille imitant les garçons. Cheveux courts et blonds, yeux bleus, bermuda et marcel gris, c’est parti. Jouer au foot, cracher par terre, embrasser une fille, se battre… Laure ne recule devant rien, elle veut tout faire comme eux, avec eux. Mais combien de temps la supercherie va pouvoir continuer ? Combien de temps avant la rentrée des classes et la révélation de la vraie identité, ou un contact avec les parents ? On croit à plusieurs moments que la vérité va être dévoilée, que Michaël, ce personnage inventé ne va plus être crédible. L’illusion va pourtant perdurer un bon moment, étendu par la malice de Laure et le soutien de sa petite soeur, pourtant physiquement opposée à celle ci.
La réalisatrice décrit ainsi, avec une justesse folle, les questionnements sur l’identité, à l’âge où les garçons et les filles jouent séparés. L’intelligence de ces enfants quand il s’agit de mentir, mentir pour pouvoir être plus proche de sa réalité. Pari risqué de miser tout sur eux, sur leur jeu d’acteur à propos d’un thème subtile et non sur un scénario très fourni. Mais pari relevé et réussi.
On reste tout le long du film dans ce quartier, à l’appartement où les deux soeurs semblent être l’exact opposé l’une de l’autre, ou dans la cour, où Laure et ses copains forment une osmose parfaite, pour un temps.
Mais le plus beau, le plus impressionnant reste, de loin, le jeu de ces acteurs hauts comme trois pommes. Sûrement excellemment bien guidés par la réalisatrice, Laure (Zoé Héran) est d’une troublante justesse. Comment, à cet âge là, peut-on être aussi juste ? Sans jamais tomber dans la caricature d’une fille au look de mec et aux traits masculins, Zoé Héran est crédible dans un rôle de garçon à qui les robes portées semblent être des déguisements. Sa petite soeur, Malonn Lévana, aux long cheveux et aux robes roses, devient rapidement une alliée fidèle de sa grande soeur ou de son grand frère selon l’entourage. Elle aussi étonnante de vérité. Toute la bande de petits camarades, débordante d’énergie, va se montrer souvent tendre et enjouée dans l’intégration d’un nouveau copain, et parfois cruelle face à la différence.
Un film beau, juste, et dont la jeune interprétation ne manquera pas d’impressionner.















