



L’avis de Mysterarts
Après l’île : asile pour détraqués dans Shutter Island, intéressons nous à l’île : asile pour homme politique (qui a dit : « aucune différence » ?). Roman Polanski nous embarque à son tour sur ce bout de terre ouvert, dont le rempart de mer interdit toute échappée par un autre biais que le ferry. Un lieu aux paysages magnifiques et magnifiquement filmés, balayé par le vent et les embruns maritimes, où le héros va se retrouver embourbé jusqu’à la taille…
Polanski adapte dans ce film le livre de Robert Harris, qui nous place dans la peau d’un nègre, cet écrivain qui assiste une personne dans l’écriture de son autobiographie, incarné par un talentueux Ewan McGregor. Après une introduction sans commentaire qui nous fait immédiatement pénétrer dans l’ambiance lourde du film, nous rencontrons ce personnage que l’on ne lâchera pas d’une semelle jusqu’à la fin. Il est engagé pour terminer l’écriture des mémoires d’Adam Lang, ancien premier ministre britannique joué par Pierce Brosnan (tout à fait crédible). L’ancien nègre et ami du politique ayant été retrouvé mort quelques jours plus tôt.
C’est donc avec cette lourde tâche plaquée sur les épaules que le héros va se voir débarquer sur l’île où se terre Adam Lang, qui va se retrouver pour sa part, emporté dans un scandale international. Le petit bout de terrain va alors rapidement se remplir de journalistes, fanatiques et autres manifestants, étouffant encore un peu l’ambiance.
Afin d’éclaircir la mémoire quelque peu capricieuse de son client, il va se mettre à enquêter sur son passé. Évidemment, cela ne va pas plaire à tout le monde. A nous, spectateurs lacés à la botte de ce personnage, cela va nous donner l’occasion de plonger au cœur d’une sombre affaire, sans plus d’informations que n’en a cet écrivain. Tout comme lui, nous allons nous retrouver traqués, poursuivis, enfermés.
Enfermé ? Le personnage l’est en permanence. Que ce soit sur une île, dans une chambre d’hôtel ou sur un ferry, la sensation étouffante de confinement nous prend à la gorge. Vivant pour un temps chez Lang, pendant la crise due au scandale, nous avons l’occasion de nous infiltrer dans cette luxueuse et moderne maison, où tout semble pourtant sur le déclin, tomber dans des routines absurdes, une triste décadence d’un homme politique hors circuit. Une scène résume tout : un pauvre jardinier obligé de balayer des feuilles mortes qui sans cesse reviennent se déposer sur la terrasse de la maison, tel Sisyphe, le condamné à perpétuité de l’antiquité.
La réussite de ce film est multiple. Le jeu des acteurs est impeccable (l’humour léger d’Ewan est un régal), les décors grandioses. La mise en scène est parfaitement maîtrisée et nous plonge dans un thriller haletant, à la recherche d’indices pour dénouer d’obscures intrigues. Certains plans sont à couper le souffle. Difficile comme vous pouvez le constater, de tarir d’éloges devant ce film qui vient compléter une série de Coups de Cœur sur les frères Lampe de Poche.
Filez voir ce film sans plus attendre, jetez vous dans la gueule du loup, fouillez dans les archives, dans les documents top secret, dans ce mystérieux manuscrit. Découvrez la vérité, sauvez votre peau, évitez de vous faire prendre. Attrapez le prochain ferry. Et un conseil : prenez un bonnet, la tempête gronde.

















9 sur 10
L’un des meilleurs films de 2010 avec Scott Pilgrimm, « We are Fours Lions » et « Toy Story 3″ et c’est fait par un vieux papy qui enterre sans problème une bonne parties des jeunes réals hype à coup de grolle dans la gueule.
Le scénario, nouvelle adaptation de Robert Harris après sa quadrilogie « Hannibal » (dont la dernière version cinématographique, « Hannibal, Les Origines du Mal », avec Gaspard Uliel dans le peau de l’anthropophage, est tout bonnement catastrophique….les mauvaises langes diront, à juste titre, que vu la qualité du bouquin c’était couru d’avance), scénarisé par l’auteur accompagné de Polanski, est captivant de bout en bout et aligne une pelleté de personnages complexes et captivants qui se distinguent par leurs capacités à cacher leurs être sous une fonction théâtral (Le personnage du premier ministre, interprété par Pierce Brosnan, avoue avoir voulu être acteur de théâtre pour changer de peau…qui dit qu’il n’y est pas, sans le savoir, arrivé?)
Pas le temps d’en écrire plus: Très belle réalisation que certains trouveront classique ou plate mais qui est d’une cohérence et d’une construction impeccable et qui en met plein la gueule à moult procédés de mise en scène à la mode.
Bande originale exemplaire, interprétation au diapason….bref c’est de la balle!